Dragonflies : quand Dhani Harrison et Nigel Godrich réinventent l’héritage
Vous pensiez peut-être que les grands noms du rock britannique n’avaient plus rien à transmettre que des redites nostalgiques. Dragonflies, le nouveau projet de Dhani Harrison et Nigel Godrich, vient contredire ce pronostic un peu paresseux. Le duo dévoile son premier single, « Slower », morceau d’ouverture d’un album éponyme attendu le 18 septembre chez Dark Horse Records et BMG. Une rencontre entre deux carrières considérables, née presque par accident, et qui porte en elle quelque chose d’assez rare dans l’industrie musicale actuelle : la patience.

Un premier single, « Slower », qui trace la route de l’album
« Slower » ouvre l’album Dragonflies et en donne d’emblée la tonalité : une batterie hypnotique en boucle, des lignes de guitare cherchant leur équilibre, une voix plus habitée que virtuose. Le clip qui accompagne le morceau est signé RUFFMERCY, réalisateur et animateur basé à Bristol, reconnu pour son style dessiné à la main aux accents psychédéliques. Les images, chargées de motifs oniriques, prolongent visuellement l’atmosphère cotonneuse du titre.
« Cet album a vraiment été pensé comme un tout », explique Nigel Godrich à Rolling Stone France. « C’était l’idée dès le départ, et il se déploie progressivement. » Une déclaration qui n’a rien d’un argument marketing poli : l’album entier, comme on le verra, obéit à une cohérence de texture plutôt qu’à une collection de singles interchangeables.
📌 À retenir : Dragonflies est le nom du groupe et de l’album, disponible en précommande, l’album étant désormais disponible dans son intégralité depuis sa sortie le 18 septembre 2026.

Genèse d’une amitié transformée en projet musical
Le duo n’est pas né d’un calcul d’industrie mais d’un ralentissement personnel, presque une pause imposée par les circonstances. Selon Rolling Stone France, le projet a émergé alors que Dhani Harrison, neuf ans après son premier album solo, revenait s’installer au Royaume-Uni après vingt ans passés à Los Angeles. Au même moment, Nigel Godrich choisissait de lever le pied sur les tournées et les enregistrements intensifs qui rythmaient sa carrière. Deux trajectoires qui ralentissent en même temps : le titre « Slower » n’est donc pas anodin.
La biographie officielle du groupe, publiée sur la page artiste d’Ephelide, décrit une genèse presque improvisée : « Tout était en terrain inconnu. Lorsque les amis de longue date Dhani Harrison et Nigel Godrich ont commencé à faire de la musique ensemble, ils n’avaient aucune idée de l’endroit où cela les mènerait. » Godrich résume le processus créatif dans une image saisissante : « C’est comme si l’un lançait quelque chose en l’air et que l’autre le rattrapait. »
Le nom du groupe lui-même est chargé de sens. « Les libellules sont un symbole d’éveil spirituel », confie Dhani Harrison. « Quand Nigel a proposé ce nom, je me suis dit : ‘parfait, c’est exactement ça.’ Chaque fois que j’en vois une, il se passe quelque chose de magique. »
Dhani Harrison, l’héritier qui refuse le patronage
Fils de George Harrison, guitariste des Beatles et fondateur de Dark Horse Records, Dhani Harrison porte un nom qui pourrait à lui seul faire office de carrière. Sa trajectoire, pourtant, s’est construite en marge : albums solo, collaborations avec thenewno2 et Fistful of Mercy, nombreuses compositions pour le cinéma et la télévision. Un parcours d’artiste de l’ombre autant que de créateur.
Le critique Yann Guillo, sur Sound of Violence, salue justement ce choix d’affranchissement : « Malgré sa lignée, il a surtout l’excellente idée de ne pas rechercher le patronage des Beatles. » Une remarque qui pourrait sonner comme une évidence, mais qui ne l’est jamais vraiment pour un fils de légende. On pense, par comparaison, à d’autres héritiers artistiques contraints de composer avec un nom trop lourd — la difficulté n’est jamais tant de créer que de créer sans l’ombre projetée du père.
Sur le duo qu’il forme avec Godrich, Dhani Harrison ne cache pas l’exigence du travail : « C’est une véritable machine », dit-il de son partenaire. « Il a une idée très précise de ce qu’il veut entendre, et pour moi c’est une expérience très enrichissante, qui demande beaucoup d’humilité. C’est ce qui rend ce projet si nouveau. »
Nigel Godrich, l’architecte sonore devenu partenaire créatif
De l’autre côté du studio, Nigel Godrich n’a plus rien à prouver. Producteur historique de Radiohead, il a façonné le son de disques devenus des références absolues du genre. Sa discographie déborde largement du cadre d’Oxford : collaborations avec Beck, IDLES, et statut de membre fondateur des projets Atoms for Peace et Ultraísta.
Avec Dragonflies, Godrich change pourtant de posture. Il n’est plus seulement l’ingénieur du son qui sculpte la matière sonore d’un artiste tiers ; il est devenu compositeur et partenaire à part entière. Le critique de Sound of Violence note d’ailleurs que la production « rappelle souvent le Radiohead période OK Computer / Kid A », signature sonore reconnaissable entre mille, faite de crépitements analogiques et de textures modernes superposées.
L’album bénéficie également des contributions de fidèles du producteur : Joey Waronker aux percussions et David Campbell — père de Beck — aux arrangements de cordes, deux habitués des sessions Godrich qui apportent une profondeur supplémentaire à l’ensemble.
Fiche d’identité de l’album Dragonflies
| Élément | Détail |
|---|---|
| Artistes | Dhani Harrison & Nigel Godrich, sous le nom Dragonflies |
| Album | Dragonflies (éponyme) |
| Date de sortie | 18 septembre 2026 |
| Labels | Dark Horse Records / BMG |
| Premier single | « Slower » |
| Réalisateur du clip | RUFFMERCY (Bristol) |
| Tracklist | Slower, Setting Sun, Straight Line, Heart Or Head, Ophelia, The Weight, In Between, End Of World |
Source : Rolling Stone France, Sound of Violence, Ephelide.
💡 Astuce : l’album est d’ores et déjà disponible en précommande — de quoi anticiper une sortie qui s’annonce comme l’un des événements discrets mais marquants de la rentrée musicale.
Des influences qui dessinent une géographie sonore intime
Le duo revendique une filiation avec des artistes de l’introspection sonore : Beth Gibbons (voix de Portishead), David Sylvian et Ryuichi Sakamoto. Trois noms qui ont en commun une manière de creuser le silence plutôt que de le combler, une économie de moyens au service de l’émotion pure.
Cette parenté se retrouve dans l’écoute même de l’album. Sound of Violence rapproche « Slower » de « la trip-hop de la fin des années 90 », tandis que « Heart Or Head » évoque « les explorations de The Smile » ou « la space soul de Michael Kiwanuka ». « Straight Line », de son côté, rappelle le Beck de Sea Change, autre disque produit par Godrich où la mélancolie se travaille au scalpel plutôt qu’à la truelle.
Cette manière de reformuler des héritages multiples sans jamais les singer directement n’est pas propre à Dragonflies : on la retrouve ailleurs dans le paysage musical contemporain, comme dans la façon dont The Leaving dévoile "Ultimate Buzz", un premier album né du deuil, un disque construit lui aussi à partir d’un bouleversement personnel transformé en matière créative. Il y a, dans ces trajectoires parallèles, une même conviction : les meilleurs disques naissent rarement d’un plan de carrière, mais bien plus souvent d’une nécessité intérieure.
L’insight que révèle vraiment ce disque
Le point le plus intéressant de Dragonflies n’est peut-être pas tant sonore que biographique. Deux hommes rompus à l’exercice de la collaboration — l’un comme héritier discret, l’autre comme producteur de l’ombre — choisissent, au moment où ils ralentissent chacun leur rythme de vie, de fonder ensemble quelque chose de neuf plutôt que de capitaliser sur l’acquis. Ni exercice de style ni coup marketing autour d’un patronyme célèbre : un disque pensé comme un tout organique, où l’humilité revendiquée par Dhani Harrison face à l’exigence de Godrich devient, paradoxalement, le moteur même de la création.
📌 À retenir : Dragonflies n’est pas un projet nostalgique adossé au nom des Beatles ou de Radiohead, mais une tentative assumée de créer un langage commun neuf, à l’âge où l’on choisit généralement de consolider plutôt que d’explorer.
Reste une évidence assez rafraîchissante dans le paysage musical actuel, où les phénomènes de coïncidences générationnelles produisent régulièrement des rencontres inattendues — on pense à la manière dont Ninajirachi à Coachella 2026 : le remix avec Underscores qui a tout changé a, elle aussi, montré qu’une collaboration bien née vaut mieux que dix calculs de carrière. Le 18 septembre, on saura si la libellule de Dhani Harrison et Nigel Godrich vole aussi haut que promis.


