- Ce qui s’est passé sur la scène Mojave
- Porter Robinson et la transmission d’un héritage
- Ninajirachi : portrait d’une artiste en ascension
- Underscores : l’autre moitié d’un duo de circonstance
- L’hyperpop en 2026 : une scène qui sort de la marge
- Le remix comme acte critique
- Ce que ce moment dit de Coachella comme révélateur
- La reconnaissance par les pairs comme marqueur de légitimité
Ninajirachi à Coachella 2026 : le remix avec Underscores qui a tout changé
Vous n’étiez peut-être pas dans le désert de l’Indio ce week-end-là, mais quelque chose s’est passé sur la scène Mojave qui mérite qu’on s’y arrête. Ninajirachi, l’artiste australienne que les initiés suivent depuis quelques années avec l’attention qu’on réserve aux phénomènes rares, a offert au deuxième weekend de Coachella 2026 l’un de ces moments dont les festivals gardent la mémoire longtemps après que les campements ont été démontés. En débutant un remix de Perfect Pinterest Garden de Porter Robinson en compagnie de Underscores, elle a déclenché une de ces réactions en chaîne — artistique, émotionnelle, médiatique — qui redessinent discrètement les contours d’une scène. Le mot-clé Ninajirachi Coachella Porter Robinson remix Underscores circule depuis sur tous les fils spécialisés, et ce n’est pas du bruit. C’est le signal d’une bascule.

Ce qui s’est passé sur la scène Mojave
Le deuxième weekend de Coachella 2026 n’était pas censé être différent du premier. En théorie, les lineups se répètent, les performances se reproduisent, les surprises restent rares. En pratique, les festivals savent que c’est précisément dans cette répétition que les écarts deviennent spectaculaires.
Ninajirachi a choisi ce moment pour intégrer dans son set une version remixée de Perfect Pinterest Garden, morceau emblématique de Porter Robinson extrait de son album Smile! 😀 sorti en 2024. Ce n’était pas une simple reprise ni un hommage convenu : c’était une reconstruction, dense et personnelle, portée à deux voix avec Underscores — l’artiste américaine dont l’esthétique hyperpop fragmentée et les textures émotionnelles brutes ont redéfini les attentes d’une génération entière d’auditeurs.
La convergence des deux univers sur une même scène, autour d’un morceau de Robinson, avait quelque chose d’une démonstration de filiation assumée.

Porter Robinson et la transmission d’un héritage
Ce qui a transformé l’événement en signal culturel, c’est la réaction de Porter Robinson lui-même. L’architecte de Worlds, l’homme qui a passé une décennie à construire une pop électronique à la fois kitsch et sincère, n’a pas simplement applaudi la performance. Il a qualifié Ninajirachi et Underscores de "futur de la musique".
"Elles sont le futur de la musique." — Porter Robinson, à propos de Ninajirachi et Underscores, Coachella 2026.
Dans un milieu où les éloges circulent vite et s’oublient aussi vite, cette formule a une densité particulière. Porter Robinson n’est pas un observateur périphérique : il est l’une des figures centrales de l’électronique américaine des années 2010-2020, celui dont les productions ont directement nourri l’imaginaire de nombreux artistes hyperpop actuels. Quand il désigne ses successeurs, il le fait depuis une légitimité construite sur vingt ans de travail.
Cette bénédiction publique place Ninajirachi et Underscores dans une lignée explicite. Elle transforme rétrospectivement le remix en quelque chose de plus grand qu’une performance de festival : une passation de témoin.
Ninajirachi : portrait d’une artiste en ascension
Ninajirachi est australienne, originaire de Sydney, et elle construit depuis plusieurs années une discographie qui mêle les textures de l’hyperpop à une sensibilité mélodique héritée de l’électronique japonaise et de la pop des années 2000. Ses productions sont denses sans être oppressantes, sentimentales sans être naïves.
Son ascension internationale a suivi une trajectoire typique de l’ère streaming : d’abord une base de fans fidèles construite sur des plateformes comme SoundCloud et Bandcamp, puis une reconnaissance progressive des médias spécialisés, des collaborations qui élargissent son réseau.
📌 À retenir :
Ninajirachi est l’une des rares artistes à maîtriser simultanément la production, le chant et la performance live dans l’espace hyperpop. Sa capacité à reconstruire un morceau existant tout en y injectant sa propre identité sonore est au cœur de ce qui rend sa présence à Coachella significative.
La scène australienne, souvent sous-estimée dans les cartographies musicales mondiales, a produit ces dernières années une poignée d’artistes qui imposent leur singularité sans chercher à reproduire les codes américains ou britanniques. Ninajirachi en est l’un des exemples les plus cohérents.
Underscores : l’autre moitié d’un duo de circonstance
Underscores n’est pas une inconnue pour les suiveurs de la scène hyperpop. Artiste américaine dont le projet Fishmonger (2022) reste une référence dans le genre, elle a développé un style reconnaissable : voix traitées jusqu’à la limite de la saturation, structures harmoniques instables, textes qui oscillent entre l’ironie et la sincérité désarmante.
Sa collaboration avec Ninajirachi sur la scène Mojave n’était pas le fruit d’un hasard de calendrier. Les deux artistes partagent une approche similaire de la production — la volonté de faire coexister des éléments a priori incompatibles, le bruit et la mélodie, l’agressivité et la tendresse, la distorsion et la clarté.
Cette compatibilité esthétique explique pourquoi le remix de Perfect Pinterest Garden a fonctionné : il ne cherchait pas à lisser les aspérités des deux univers, mais à les mettre en tension de façon productive.
L’hyperpop en 2026 : une scène qui sort de la marge
Pour comprendre la portée de ce moment à Coachella 2026, il faut replacer l’hyperpop dans sa trajectoire récente. Né dans les marges de SoundCloud autour des productions du label PC Music et des artistes signés chez SOPHIE au tournant des années 2010-2020, le genre a longtemps été traité comme une curiosité expérimentale, une provocation pop trop saturée pour atteindre les grandes scènes.
Cette lecture est aujourd’hui obsolète.
La présence de Ninajirachi à Coachella — l’un des festivals les plus regardés au monde — et la réaction de Porter Robinson illustrent une normalisation qui n’est pas une capitulation esthétique mais une expansion du champ des possibles. L’hyperpop ne s’est pas adouci pour entrer dans les grandes salles : c’est le public qui s’est éduqué à ses codes.
| Artiste | Origine | Album de référence | Présence à Coachella |
|---|---|---|---|
| Ninajirachi | Australie (Sydney) | Trance & Dance (2023) | 2026 (Weekend 2) |
| Underscores | États-Unis | Fishmonger (2022) | 2026 (invitée) |
| Porter Robinson | États-Unis | Worlds (2014), Smile! 😀 (2024) | Headliner récurrent |
| SOPHIE | Royaume-Uni | Oil of Every Pearl’s Un-Insides (2018) | Influence fondatrice |
Sources : données publiques des billings Coachella et discographies officielles.
Le remix comme acte critique
Il faut s’arrêter un instant sur le choix du morceau. Perfect Pinterest Garden est une chanson de Porter Robinson qui parle d’image construite, d’idéal esthétique fabriqué, d’une certaine façon de se présenter au monde en retouchant la réalité jusqu’à la rendre méconnaissable. C’est une critique douce d’une époque obsédée par la curation.
Confier ce morceau à deux artistes dont toute la démarche consiste précisément à refuser le vernis — à exposer les coutures, à laisser les glitches visibles, à embrasser l’imperfection comme matériau — n’est pas un geste neutre. Le remix de Ninajirachi et Underscores ne décore pas Perfect Pinterest Garden : il le retourne sur lui-même, le fait parler de sa propre condition.
C’est peut-être là le vrai sens de la phrase de Porter Robinson. Pas seulement un éloge de talent, mais une reconnaissance : ces deux artistes font avec son œuvre ce qu’il avait lui-même fait avec les influences qui l’ont précédé.
Ce que ce moment dit de Coachella comme révélateur
Coachella a toujours fonctionné comme un baromètre. Pas nécessairement du mainstream — il y a des festivals mieux placés pour ça — mais des transitions. Des moments où quelque chose qui était en train de se passer dans les marges devient officiellement visible au centre.
La performance de Ninajirachi avec Underscores au deuxième weekend 2026 appartient à cette catégorie. Elle ne marque pas la naissance de l’hyperpop comme force culturelle — elle en enregistre la consolidation. La scène Mojave, en accueillant ce remix, a transformé une tendance en fait accompli.
⚠️ Attention : qualifier cet événement de "percée" serait réducteur. Ninajirachi et Underscores construisent leurs discographies depuis plusieurs années. Ce que Coachella a rendu visible existait déjà pour qui savait regarder.
La reconnaissance par les pairs comme marqueur de légitimité
Dans l’économie d’attention actuelle, la validation institutionnelle — les prix, les classements, les couvertures de presse — a perdu une partie de son pouvoir. Ce qui compte davantage, souvent, c’est la reconnaissance des pairs.
Porter Robinson qui désigne Ninajirachi et Underscores comme "futur de la musique" agit comme ce type de validation. Il ne parle pas depuis une institution mais depuis une position artistique construite. Son jugement engage sa crédibilité propre, ce qui lui donne un poids que n’aurait pas un classement algorithmique.
Pour les amateurs d’électronique et d’hyperpop qui suivent ces artistes depuis leurs débuts, ce moment a quelque chose de satisfaisant dans ce qu’il confirme : ils n’avaient pas tort d’y prêter attention aussi tôt.
Le prochain album de Ninajirachi, attendu dans les mois qui suivent Coachella selon ses communications récentes, sera écouté différemment. Avec la pression douce d’une attente qui s’est officiellement formée sous les lumières du désert californien.



