Ed O’Brien Blue Morpho : le guitariste de Radiohead se réinvente

Ed O’Brien Blue Morpho : le guitariste de Radiohead se réinvente sous son vrai nom

Vous connaissiez EOB, le pseudonyme discret d’un guitariste qui semblait encore hésiter à se distinguer de l’ombre tutélaire de Radiohead. Avec Blue Morpho, son deuxième album solo, Ed O’Brien franchit un pas que beaucoup d’artistes de sa génération n’osent jamais : il signe enfin sous son nom complet, assumant une identité artistique à part entière. L’album paraît le 22 mai 2026 sur le label Transgressive Records, six ans après Earth (2020), et il porte la trace d’un itinéraire intérieur aussi exigeant que le papillon tropical dont il emprunte le nom — créature qui ne ressemble plus, après sa métamorphose, à ce qu’elle était avant.

L’Ed O’Brien Blue Morpho album solo n’est pas un disque de guitariste qui s’ennuie entre deux tournées. C’est l’aboutissement de quatre années de travail intérieur, de retraites au Pays de Galles, et d’une dépression traversée avec une honnêteté rare dans le milieu du rock alternatif.


Un pseudonyme abandonné, une affirmation silencieuse

Le premier album Earth, paru en pleine pandémie en avril 2020, était sorti sous le nom EOB — les initiales d’Edward John O’Brien. Un choix qui ressemblait à une précaution, une manière de maintenir une distance entre l’artiste solo et le membre fondateur de l’un des groupes britanniques les plus célébrés de l’histoire contemporaine.

Ce recul était compréhensible. O’Brien lui-même a confié regretter avoir attendu près de dix ans avant d’enregistrer les chansons de ce premier disque, en donnant systématiquement la priorité au calendrier de Radiohead. Et lorsque Earth est enfin sorti, le confinement mondial l’a privé de toute promotion réelle. Une frustration qui a amplifié une période psychologique déjà fragile.

L’abandon du pseudonyme sur Blue Morpho n’est donc pas un détail cosmétique. C’est une déclaration d’appartenance à soi-même.

Quatre ans de gestation, une dépression comme matrice

À la fin de l’année 2020, l’état psychologique d’Ed O’Brien se détériore sérieusement. Encouragé par sa femme, il entreprend un travail introspectif quotidien : techniques de respiration, bains froids inspirés des méthodes de Wim Hof, sessions de guitare dans son studio londonien pour laisser remonter des traumatismes accumulés sur cinquante ans. Une thérapie bucolique et physique, loin des clichés du rock star en cure de désintoxication.

Ses séjours réguliers au Pays de Galles jouent un rôle central dans cette reconstruction. La connexion à la nature — les forêts, le silence, le rythme lent des paysages ruraux — devient le terreau sonique de l’album. Le Monde rapporte que les forêts brésiliennes ont également profondément inspiré cette démarche, ajoutant une dimension tropicale et chamanique à l’univers de Blue Morpho.

📌 À retenir : Blue Morpho est le fruit de quatre années de travail élaborées après une grave dépression. L’album marque le passage d’EOB à Ed O’Brien, signé sous son nom complet pour la première fois. Sept morceaux, enregistrés au studio londonien The Church, produits par Paul Epworth.

Un son entre psych-folk méditatif et profondeur orchestrale

Sept morceaux. Pas un de plus. Blue Morpho refuse l’inflation, cette tentation des albums-fleuves qui noient leur propos sous les bonus tracks. O’Brien y déploie un registre que Benzine Mag qualifie de pop folk psychédélique ambitieux, impressionnant dès la première écoute par sa richesse harmonique et ses mélodies sombres et sinueuses.

L’album porte l’empreinte d’influences diverses, parfois inattendues :

  • Psych-folk méditatif hérité des années de retraite galloise, avec des textures organiques et des espaces de silence habités
  • Profondeur orchestrale apportée par le compositeur estonien Tõnu Kõrvits, dont la sensibilité contemporaine teinte certaines plages de solennité nordique
  • Sonorités jazz et spirituelles via la participation du flûtiste Shabaka Hutchings, figure incontournable de la scène jazz britannique contemporaine
  • Dave Okumu, compositeur et guitariste, qui apporte sa dimension soul et expérimentale

Ce mélange ne produit pas un album de fusion ni un exercice de style. Il produit quelque chose de plus rare : une cohérence émotionnelle.

Les collaborateurs : un casting qui dit beaucoup

La production de Blue Morpho a été confiée à Paul Epworth, l’homme derrière plusieurs des disques les plus ambitieux de ces vingt dernières années — 21 d’Adele, des sessions avec Paul McCartney, et bien d’autres architectures sonores de grande envergure. Confier son disque le plus personnel à un producteur de cette stature n’est pas un acte anodin : c’est reconnaître que la vulnérabilité mérite d’être encadrée par le meilleur artisanat possible.

L’ingénierie du son a été assurée par Riley Macintyre au studio The Church à Londres. La présence de Phil Selway, batteur de Radiohead, au générique rappelle que les liens du groupe ne se dissolvent pas dans les projets solos — ils se reconfigurent, plus librement.

On pense ici à d’autres guitaristes qui ont su trouver leur voix propre loin de leur formation d’origine. La démarche d’O’Brien n’est pas sans rappeler ce qu’a accompli Earl Slick en retrouvant la formation Glastonbury 2000 de Bowie pour Live On The Loch : un musicien emblématique qui réaffirme son identité sans renier son héritage.

💡 Astuce : Blue Morpho s’accompagne d’un court métrage intitulé Blue Morpho: The Three Act Play, à voir en parallèle de l’écoute pour une expérience complète.

Le contexte Radiohead : un groupe en suspens, des membres en pleine activité

Pendant que Blue Morpho voit le jour, Radiohead reste dans une expectative que les fans connaissent bien. Le dixième album studio du groupe se fait toujours attendre, et c’est précisément dans ce silence collectif que les membres s’épanouissent individuellement.

Le portrait de famille est éloquent :

  • Thom Yorke multiplie les projets : solo, collaborations (dont une avec Mark Pritchard en 2025), et The Smile formé avec Jonny Greenwood et Tom Skinner
  • Jonny Greenwood s’est imposé comme compositeur de bandes originales de référence, notamment avec There Will Be Blood
  • Colin Greenwood collabore aujourd’hui avec les Bad Seeds de Nick Cave
  • Phil Selway a signé trois albums solo entre 2010 et 2023

Ed O’Brien s’inscrit dans cette dynamique, mais avec une singularité : il est le seul à avoir traversé une crise aussi explicitement documentée avant de produire son œuvre. Ce n’est pas de la promo de la souffrance — c’est la description honnête d’un processus créatif où la reconstruction personnelle et la création musicale sont indissociables.

Cette capacité à revenir après une longue absence avec un projet cohérent et ambitieux rappelle d’autres retours marquants dans la musique alternative. Pinky Beecroft, qui ressuscitait avec Lonesome Wolf dix-sept ans après sa dernière parution, illustre à sa façon que le temps long peut être un allié de la création, non un obstacle.

Ce que Blue Morpho révèle d’O’Brien guitariste

Il est facile d’oublier, dans la constellation de talents qui compose Radiohead, ce qu’Ed O’Brien a réellement apporté au son du groupe. Sa guitare n’est pas celle des riffs ou des solos fracassants — elle est celle des paysages sonores immersifs, des harmoniques qui flottent, des textures qui donnent de l’espace à la voix de Thom Yorke.

Blue Morpho est la démonstration que cette sensibilité n’était pas au service d’un groupe. Elle était, depuis le début, la sienne propre.

Le disque ne cherche pas à se démarquer spectaculairement de Radiohead — il n’en a pas besoin. Il existe dans un registre différent, plus calme, plus organique, plus introspectif. Comme si O’Brien avait enfin trouvé la pièce dans laquelle sa musique respire vraiment.

⚠️ Attention : Blue Morpho est un album de sept titres pensé comme un tout. L’écoute en mode shuffle ou par morceaux isolés appauvrirait considérablement l’expérience.

Questions fréquentes sur Ed O’Brien et Blue Morpho

Pourquoi Ed O’Brien signe-t-il cet album sous son vrai nom et non plus EOB ?
Earth (2020) avait été publié sous le pseudonyme EOB. Blue Morpho marque l’affirmation d’une identité artistique complète et assumée. Signer sous son nom complet est une manière de revendiquer pleinement ce disque comme une œuvre personnelle, non comme un projet périphérique.

Qui a produit Blue Morpho ?
L’album a été produit par Paul Epworth, connu notamment pour son travail avec Adele et Paul McCartney. L’ingénierie a été assurée par Riley Macintyre au studio The Church à Londres.

Quels artistes ont collaboré sur l’album ?
Le disque réunit Shabaka Hutchings (flûte), Dave Okumu, le compositeur estonien Tõnu Kõrvits, Phil Selway (batterie) et Flood, producteur associé notamment à U2 et PJ Harvey.

Radiohead prépare-t-il un nouvel album ?
À ce jour, aucun dixième album studio de Radiohead n’a été annoncé. Les membres du groupe continuent leurs projets individuels en parallèle.

Qu’est-ce que le court métrage Blue Morpho: The Three Act Play ?
Il s’agit d’un film court qui accompagne l’album, pensé comme un prolongement visuel de l’univers de Blue Morpho. Il sort simultanément avec le disque.


Blue Morpho sort le 22 mai 2026 sur Transgressive Records. Le papillon bleu, dont les ailes changent de couleur selon l’angle de lumière, était peut-être le seul emblème possible pour un album qui dit une chose simple et difficile : on peut traverser le noir et en revenir avec quelque chose de beau.


A lire aussi