Joey Valence & Brae reprennent Security d’Amyl and the Sniffers en mode électro

Joey Valence & Brae reprennent "Security" d’Amyl and the Sniffers en mode électro : le chaos contrôlé de Like A Version

Vous n’avez jamais entendu "Security" comme ça. Le 8 mai 2026, le duo américain Joey Valence & Brae s’est installé dans le studio de triple j pour leur premier passage dans l’émission culte Like A Version — et ils ont choisi de s’attaquer à l’un des morceaux punk-rock les plus électriques de ces dernières années. La reprise de Joey Valence et Brae de "Security" d’Amyl and the Sniffers pour Like A Version est une expérience de collision genre : le punk melbourne-ien fracassé contre la production bedroom-électro de Pennsylvanie. Le résultat ? Un objet sonore parfaitement inclassable, aussi fidèle à l’énergie de l’original qu’étranger à sa forme.

📌 À retenir : Joey Valence & Brae ont transformé le punk brut d’Amyl and the Sniffers en dance-rap électronique, en supprimant toutes les guitares pour ne garder que l’énergie — et c’est exactement ce qui fonctionne.


"Security" : le titre punk qui donnait envie de rebondir contre les murs

Amyl and the Sniffers est un groupe de Melbourne dont la réputation internationale s’est construite sur scène — à coups de concerts incendiaires et d’une frontwoman, Amy Taylor, qui cumule en elle tout ce que le punk a de libérateur et d’incontrôlable.

"Security" est paru en juillet 2021, extrait de leur deuxième album Comfort To Me. Ce disque a atteint le top 25 des charts australiens et propulsé le groupe sur les grandes scènes de festival internationales. Taylor elle-même avait décrit l’album comme "regarder un épisode de The Nanny, mais avec le décor en feu" — ce qui donne une idée assez précise de l’ambiance.

Le titre incarne parfaitement l’esthétique du groupe : guitares pub-rock crades, voix craquelée, tempo qui ne se laisse pas dompter. C’est une chanson qui sonne imparfaite, et c’est précisément cette imperfection qui constitue sa force.

Pourquoi ce choix ? L’énergie avant tout

Lors de leur session dans les studios de l’ABC (la radio publique australienne qui héberge triple j), Joey Valence & Brae ont expliqué leur choix avec une clarté désarmante.

"Ça a tellement d’énergie. Dès que tu l’entends, tu as envie de te fracasser contre les murs. Donc on savait qu’il fallait la reprendre." — Brae

Brae a également exprimé son admiration pour Amy Taylor en tant que performeuse : "She’s such a badass. I love her wardrobe, I love her attitude." Une révérence franche, sans condescendance.

Ce qui a retenu l’attention du duo, c’est précisément la texture brute de l’enregistrement original — les craquements dans la voix de Taylor, les tangentes vocales improvisées, l’absence de lissage artificiel. Joey Valence l’a formulé ainsi : "It’s just raw energy, and it just sounds glued together in a way that’s not manufactured."

C’est paradoxalement cette imperfection assumée qui a motivé leur choix d’un titre aussi éloigné en apparence de leur propre univers.

La méthode : reverse-engineering d’un classique punk

Voici comment Joey Valence & Brae ont reconstruit "Security" de l’intérieur :

  1. Point de départ vocal — Le duo a d’abord enregistré des prises vocales directement sur la version originale du morceau, pour capter l’intention et la dynamique du texte.
  2. Déconstruction instrumentale — Joey Valence a ensuite réalisé une reconstruction totale de la production, en commençant par ce qu’il décrit lui-même comme "un très mauvais remake" de la base.
  3. Reconstruction électronique — À partir de ces prises vocales, il a bâti une structure de production synthétique, en travaillant la basse et la batterie jusqu’à obtenir l’impact recherché.
  4. Suppression des guitares — Tout l’armement pub-rock du titre original disparaît. Les riffs laissent place à des synthétiseurs boostés, une basse bourdonnante et des textures électroniques hyperactives.
  5. Mise en scène performative — Dans le studio de triple j, le duo était accompagné d’un seul laptop. Pas de groupe, pas de rack d’effets. Juste eux deux et leur machine.

💡 Astuce : La méthode de "reverse-engineering" décrite par Joey Valence — partir des vocaux pour reconstruire la production — est une approche de beatmaker pur, à l’opposé de l’arrangement classique qui part des instruments.

Une transformation sonore totale : du pub-rock au dance-rap

Élément Version Amyl and the Sniffers Version Joey Valence & Brae
Instrumentation Guitares électriques, batterie live Synthétiseurs, production électronique
Genre Punk-rock, pub-rock Dance-rap, électro
Production Studio analogique, son brut Bedroom studio numérique
Vocaux Amy Taylor, voix seule Duo, échanges de lignes rapides
Énergie Tension punk frontale Chaos dance contrôlé
Références Punk australien classique Beastie Boys, EDM

Le résultat tient de ce que la presse spécialisée a qualifié de "bass-driven dance-punk" — un hybride qui préserve l’intensité brute de l’original tout en la faisant muter vers quelque chose de fondamentalement dansant. Les échanges vocaux rapides entre les deux membres du duo évoquent les cadences des Beastie Boys en mode turbo, sur une production qui puise dans l’EDM et le hip-hop électronique.

C’est une opération de traduction plutôt que de simple cover : le sens est préservé, mais le langage change entièrement.

HYPERYOUTH : le contexte d’un duo en pleine expansion

Cette performance ne surgit pas dans le vide. Joey Valence & Brae traversaient l’Australie dans le cadre de la leg australienne de leur HYPERYOUTH World Tour, avec des dates à Auckland, Melbourne, Sydney, Brisbane et Perth.

HYPERYOUTH est leur troisième album. Il a été produit, mixé et mastérisé intégralement par Joey Valence dans son bedroom studio de State College, Pennsylvanie — décrit par The Music comme un "studio-meets-Pokémon shrine", détail biographique qui dit beaucoup sur l’esthétique revendiquée du duo.

L’album réunit des collaborations avec JPEGMAFIA, Rebecca Black et TiaCorine, et creuse la signature sonore du duo : couches de samples, raps tonitruants, grooves EDM, bars dansants. Un univers qui rend parfaitement compte de pourquoi "Security" — avec son énergie convulsive — a pu leur paraître comme une évidence.

Dans ce contexte de tournée mondiale et de rayonnement croissant, l’apparition dans Like A Version représente un moment stratégique autant qu’artistique. L’émission de triple j jouit d’un prestige considérable dans le monde anglophone, et beaucoup d’artistes y ont marqué des points décisifs dans leur trajectoire internationale. On pense à des reprises mémorables qui ont depuis circulé des années sur les réseaux — Like A Version fonctionne comme un incubateur de moments musicaux durables.

De la même façon, Geese reprenant Primal Scream à Glasgow lors de leur tournée européenne avait démontré comment une reprise en contexte live peut fonctionner comme révélateur d’identité artistique. C’est exactement ce que réussit ici Joey Valence & Brae.

Le paradoxe de la fidélité infidèle

Ce qui rend cette reprise particulièrement intéressante, c’est qu’elle est à la fois radicalement différente et étrangement fidèle à son modèle.

En supprimant les guitares, le duo ne trahit pas "Security" — il en extrait l’essence. L’imperfection que Valence admirait dans l’original, cette texture "not manufactured", il la reproduit par d’autres moyens : la bosse de la basse qui déborde, les lignes vocales qui se chevauchent sans filet, l’absence de production aseptisée.

⚠️ Attention : Ce n’est pas une cover décorative. C’est une réinterprétation qui assume pleinement ses choix et les revendique comme une lecture cohérente — pas comme un hommage poli.

La disponibilité du titre sur Spotify (en single, Security (triple j Like A Version), 2026) indique que le duo a choisi de lui donner une existence discographique propre, au-delà du moment télévisé. C’est un geste qui transforme l’exercice de style en objet musical autonome.

Le punk de Amyl and the Sniffers rencontre ici la culture bedroom-producer de l’ère streaming. Deux logiques de production, deux géographies musicales, une seule conviction partagée : l’énergie ne s’explique pas, elle se transmet.


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