Wardruna dévoile "Tracking Birna", documentaire d’une tournée mondiale
Vous pensiez avoir tout compris de Wardruna — la nuit de plein hiver, la voix d’Einar Selvik portée par les vents de la Norvège, les cordes anciennes tendues comme des arcs entre les siècles. Et puis arrive le documentaire Wardruna Tracking Birna, intitulé dans sa forme complète Tracking Birna: From Earth To Light And Earth Again, qui révèle que non : vous n’aviez vu que la surface d’un lac gelé.
Ce film n’est pas un objet promotionnel déguisé en art. C’est le journal intime d’un groupe qui a parcouru le monde pendant près de deux ans, porté par l’élan de Birna — leur album sorti en janvier 2025 — et qui revient, lesté d’images, de poussière de scène et de silences capturés dans des lieux improbables.
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Un documentaire né d’une tournée hors du commun
La tournée Birna World Tour n’était pas une succession ordinaire de salles de concerts. Elle relevait davantage de l’expédition — au sens presque ethnographique du terme.
Wardruna a choisi ses scènes comme on choisit ses interlocuteurs : pour ce qu’elles ont à dire. Le Royal Albert Hall de Londres, temple victorien du sérieux musical britannique, dont les voûtes ont accueilli une musique venue d’une époque que l’Angleterre n’a jamais tout à fait vécue. L’Amphithéâtre de Pompéi, écrin de pierre romaine où la lave a figé le temps — et où les tambours nordiques ont résonné contre des murs qui ont déjà tout entendu, sauf cela. Le Colisée de Plovdiv, en Bulgarie, l’un des amphithéâtres romains les mieux préservés d’Europe. Des lieux qui ont en commun d’être plus vieux que les nations qui les abritent.
Le film suit cette trajectoire géographique et intérieure. Il ne se contente pas de filmer les concerts. Il observe — les coulisses, les déplacements, les instants où le masque scénique glisse et où les musiciens redeviennent des individus soumis au décalage horaire et aux néons d’aéroport.
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Ce que dévoile Einar Selvik sur l’intimité du film
Einar Selvik, fondateur et âme directrice du groupe, a communiqué sur ce documentaire avec la précision d’un homme qui sait exactement ce qu’il a livré — et ce que cela lui coûte.
« Ce documentaire montre des parts de nous-mêmes que nous n’avions jamais montrées auparavant. »
Cette phrase, apparemment simple, porte un poids considérable. Wardruna a toujours cultivé une certaine distance — non par arrogance, mais par cohérence avec une esthétique qui place le collectif (l’héritage nordique, la tradition runique, la mémoire des peuples) au-dessus de l’individu. Selvik s’efface volontiers derrière ses sources : les Eddas, les Futhark, les instruments reconstitués comme le tagelharpe ou le kraviklyra.
Qu’il accepte ici de montrer l’envers de ce décorum, l’humanité ordinaire derrière l’extraordinaire artistique, constitue en soi un événement. Tracking Birna promet moins un making-of qu’une forme d’aveu — celui d’un groupe qui, après deux ans de route, a peut-être compris que la vulnérabilité est aussi une forme de courage.
📌 À retenir : Tracking Birna: From Earth To Light And Earth Again est un documentaire de tournée qui accompagne la Birna World Tour de Wardruna (2025), filmé dans des sites emblématiques comme le Royal Albert Hall, l’Amphithéâtre de Pompéi et le Colisée de Plovdiv, et présenté comme une plongée intime dans l’univers du groupe.
Birna, l’album qui a tout déclenché
Pour comprendre ce que Tracking Birna documente, il faut revenir à l’objet qui en est la cause : l’album Birna, sorti en janvier 2025.
Birna — qui signifie « ourse » en vieux norrois — marque un tournant dans la discographie de Wardruna. Après Runaljod – Ragnarok (2016) et Kvitravn (2021), l’album affine encore la formule : moins de filiation directe avec le metal atmosphérique qui avait initialement permis au groupe d’atteindre un public large (notamment via la bande originale de la série Vikings), davantage de minimalisme assumé, de silence travaillé, de voix laissées presque nues.
L’album a rencontré un accueil critique solide et une fidélité publique remarquable. La tournée qui a suivi a affiché des salles combles sur plusieurs continents — preuve, si besoin en était, que la musique de Wardruna n’est plus un phénomène de niche scandinave mais un véritable courant mondial de la folk nordique et de la world music contemporaine.
Les lieux comme personnages à part entière
L’une des décisions les plus significatives du film est de traiter les lieux de concerts non comme des décors mais comme des acteurs.
L’Amphithéâtre de Pompéi mérite qu’on s’y arrête. Il s’agit du plus ancien amphithéâtre romain maçonné encore debout, construit vers 70 avant J.-C. — soit un siècle avant l’éruption du Vésuve qui a figé la ville dans la cendre. Des artistes comme Pink Floyd (1971) ou David Gilmour (2016) y ont déjà enregistré des performances légendaires. Que Wardruna y figure désormais dit quelque chose sur la trajectoire du groupe : il appartient à une liste restreinte d’artistes dont la musique justifie ces espaces extraordinaires.
Le Royal Albert Hall de Londres, inauguré en 1871 sous le règne de la reine Victoria, ajoute une autre dimension — celle de la légitimité institutionnelle britannique, qui n’est pas rien. Jouer là, c’est être pris au sérieux dans un pays qui se prend lui-même très au sérieux en matière de musique.
Ces lieux, dans le documentaire, ne sont pas de simples cartes postales. Ils posent la question de la résonance — physique et métaphysique : qu’est-ce qu’une musique ancienne fait à des pierres anciennes ? Qu’est-ce que ces pierres font en retour à la musique ?
La signification d’une pause annoncée
Le contexte de sortie du documentaire n’est pas anodin. Wardruna a annoncé une pause d’activité à l’issue de ce cycle intense.
Deux ans de tournée mondiale, un album majeur, et maintenant un documentaire : le groupe boucle un chapitre avec une cohérence narrative que peu d’artistes s’accordent le luxe de construire. Tracking Birna n’est pas seulement un film — c’est une forme de clôture symbolique, un point final posé avec soin avant le silence.
Cette pause, dans l’univers de Wardruna, prend une signification particulière. Einar Selvik a toujours revendiqué une approche du temps différente de celle de l’industrie musicale : pas de sorties précipitées, pas d’albums fabriqués sous pression contractuelle. Cinq à six ans séparent généralement chaque disque. La pause n’est donc pas une retraite — c’est une incubation.
Pour les fans de musique world et de folk nordique, cette temporalité est une promesse autant qu’une patience à exercer.
Questions fréquentes sur Tracking Birna
Qu’est-ce que le documentaire Tracking Birna de Wardruna ?
Tracking Birna: From Earth To Light And Earth Again est un documentaire de tournée retraçant la Birna World Tour de Wardruna (2025), filmé dans des sites patrimoniaux majeurs (Royal Albert Hall, Amphithéâtre de Pompéi, Colisée de Plovdiv). Il mêle images de concerts et séquences intimistes dévoilant les coulisses du groupe.
Quand sort le documentaire Tracking Birna ?
La date de sortie officielle du documentaire n’a pas encore été communiquée dans le détail au moment de la rédaction de cet article. Les annonces officielles de Wardruna et de leur label By Norse Music constituent la source à surveiller.
Pourquoi Wardruna a-t-il choisi l’Amphithéâtre de Pompéi ?
Ce lieu s’inscrit dans la logique du groupe : jouer dans des espaces chargés d’histoire et d’ancienneté, où l’architecture elle-même entre en dialogue avec une musique nourrie de traditions millénaires. L’Amphithéâtre de Pompéi est le plus ancien amphithéâtre romain maçonné encore existant, ce qui en fait un partenaire symbolique évident pour Wardruna.
Quel est le lien entre Birna l’album et le documentaire ?
Le documentaire suit directement la tournée mondiale organisée autour de l’album Birna (janvier 2025). Il en constitue la mémoire filmée et l’aboutissement artistique, formant avec l’album un diptyque cohérent.
Wardruna va-t-il arrêter sa carrière après cette tournée ?
Non. Il s’agit d’une pause d’activité annoncée à l’issue d’un cycle particulièrement intense. Einar Selvik a toujours travaillé sur des temps longs. Une pause fait partie intégrante de la méthode créative du groupe.
Tracking Birna arrive à un moment où la folk nordique n’a jamais été aussi écoutée dans le monde — un paradoxe savoureux pour une musique qui puise dans des sources préchrétiennes. Wardruna aura réussi ce tour de force : convaincre des publics de vingt pays que leurs ancêtres avaient quelque chose d’urgent à leur dire. Le documentaire, lui, leur demande d’aller un peu plus loin : d’accepter de regarder non plus les ancêtres, mais les vivants qui les font parler.



