Rod Stewart tournée d’adieu : le crépuscule d’un géant du rock
Vous regardez partir un homme qui a vendu environ 250 millions de disques dans le monde, qui a chanté sur la plage de Copacabana devant une foule record le 31 décembre 1994, et qui, à 81 ans, annonce tranquillement la fin du voyage scénique — sans pathos excessif, avec cette élégance roublarde qui l’a toujours distingué. La Rod Stewart tournée d’adieu n’est pas une posture marketing. C’est une réalité qui se précise, concert après concert, déclaration après déclaration.
À une époque où d’autres légendes de sa génération, comme Paul McCartney à Saturday Night Live 2026, multiplient encore les apparitions triomphales, Rod Stewart choisit une autre voie : celle de l’homme qui regarde lucidement le calendrier, compte ses dernières dates sur scène, et s’en amuse presque.

One Last Time : quand une tournée devient une promesse
La tournée baptisée One Last Time a démarré en 2024, inscrivant symboliquement dans son titre même ce que beaucoup d’artistes n’osent jamais formuler. C’est le "début de la fin", comme Stewart lui-même l’a implicitement reconnu.
En 2026, le calendrier Live Nation fait encore état d’une vingtaine de dates américaines — Wantagh, Virginia Beach, Cincinnati, Cleveland, Kansas City — ainsi que d’une résidence au Colosseum du Caesars Palace à Las Vegas, où il se produit depuis sa première résidence en 2011.
Mais c’est une déclaration accordée à TalkSport qui a retenu l’attention :
"Je partirai en tournée au Royaume-Uni l’année prochaine, et ce sera probablement la fin."
Après les dates britanniques prévues en 2027, le rideau se fermerait donc. Probablement. Ce mot — "probablement" — dit beaucoup sur l’homme. Il ne fait pas de promesses définitives. Il observe, il tâte le terrain, il s’écoute.

Une carrière de plus de soixante ans : quelques jalons
Pour mesurer ce que représente ce crépuscule, il faut un instant s’arrêter sur l’étendue de ce qui fut accompli.
Rod Stewart — de son nom complet Sir Roderick David Stewart depuis son anoblissement par la reine Élisabeth II en 2016 — est né à Londres en 1945. Fils d’un père écossais qui lui offre sa première guitare à 12 ans, il aurait pu devenir footballeur professionnel. La musique en a décidé autrement.
Ses grandes étapes :
- Les débuts avec le Jeff Beck Group et les Faces, groupes qui fondent sa réputation de scène électrisante.
- "Maggie May" (1971), le titre qui le propulse au sommet des charts des deux côtés de l’Atlantique.
- "Da Ya Think I’m Sexy" (1979), sacré single le plus vendu de l’histoire du rock selon France Inter.
- Une capacité rare à traverser toutes les décennies avec des albums classés — du rock à la folk, de la soul au Grand Répertoire de la Chanson Américaine.
- Le concert sur la plage de Copacabana à Rio, le 31 décembre 1994 : un record de fréquentation gravé dans l’histoire du spectacle vivant.
- Le Grammy Award de la Légende Vivante, récompense qui, pour une fois, colle parfaitement à la réalité.
Environ 250 millions de disques vendus selon les données disponibles — 120 millions selon certaines sources, les chiffres variant selon les méthodologies de comptage.
La voix qui vieillit, l’homme qui s’adapte
Ce que Rod Stewart dit de son rapport à la scène en 2024 mérite qu’on s’y attarde. Il ne joue pas les vieux lions en déni. Il évalue froidement ce que le temps fait à une voix, à un corps.
"Plus tu vieillis, plus tu dois protéger ta voix avant et après chaque concert. Je ne suis plus comme j’étais dans les années 70 ou 80, où je pouvais rester debout toute la nuit, me soûler, devenir fou et toujours avoir une belle voix."
Cette lucidité tranche avec l’image rock’n’roll qu’il continue pourtant de cultiver avec soin. Dans les colonnes du tabloïd The Sun, il a également confié avoir combattu un cancer de la thyroïde et un cancer de la prostate, deux épreuves qui affûtent généralement le regard qu’on porte sur sa propre durée de vie.
Sa philosophie face à ces réalités ?
"Je suis conscient que mes jours sont comptés mais je n’ai pas peur. Nous devons tous passer de l’autre côté à un moment donné, donc nous sommes tous dans le même bateau."
Glastonbury 2025 : le vieux lion rugit encore
L’une des preuves les plus éloquentes que Stewart n’est pas encore une archive vivante : sa prestation au festival de Glastonbury en 2025. Ce passage sur la scène la plus mythique du rock britannique a marqué les esprits — moins comme un acte nostalgique que comme une démonstration de vitalité scénique intacte.
On pense, dans une tout autre configuration mais avec la même persistance du génie, aux Rolling Stones et leur album Foreign Tongues prévu en juillet 2026 : ces générations de musiciens qui refusent de se laisser mettre au musée continuent de définir ce que "longévité artistique" peut vouloir dire.
Stewart, lui, avait d’ailleurs refusé de se produire au Qatar lors de la Coupe du monde, déclinant une offre dépassant le million de dollars. Une décision que beaucoup ont interprétée comme un marqueur de cohérence éthique — rare dans une industrie où les compromis ont souvent un prix affiché.
L’ambivalence assumée : adieu, mais pas tout de suite
Ce qui rend la situation de Rod Stewart particulièrement intéressante, c’est l’écart visible entre ses déclarations de 2024 et celles de 2025-2026.
En 2024, il déclarait encore :
"Je n’ai aucune envie de prendre ma retraite. J’aime ce que je fais, et je fais ce que j’aime."
Il ajoutait, avec cette autodérision caractéristique :
"Je suis en forme, j’ai une chevelure bien fournie et je peux courir le 100 mètres en 18 secondes à l’âge de 79 ans."
Et pourtant, quelques mois plus tard, voilà que "probablement la fin" s’invite dans le discours. Non pas comme une capitulation, mais comme une acceptation progressive. L’homme qui se targue de pouvoir "faire ça facilement encore quinze ans" et celui qui fixe 2027 comme horizon probable ne se contredisent pas vraiment — ils coexistent dans la même personne, tiraillée entre la flamme intacte et la conscience que chaque scène est potentiellement la dernière.
📌 À retenir : Rod Stewart n’a pas annoncé une retraite définitive et immédiate, mais une trajectoire vers la fin : tournée américaine en 2026, dates au Royaume-Uni en 2027, et après, l’inconnu assumé.
Swing Fever et l’insatiable curiosité musicale
Pendant qu’il tourne, il compose. Ou plutôt, il explore. En 2024, Rod Stewart publiait Swing Fever, un album de standards jazz en collaboration avec le pianiste Jools Holland — une déclaration d’amour aux orchestres de jazz big band, aussi inattendue que cohérente avec un artiste qui a toujours navigué entre les genres.
C’est peut-être là le vrai legs de Stewart : avoir montré qu’une carrière de rock ne se condamne pas à répéter éternellement ses propres tubes. Le même homme qui hurlait "Da Ya Think I’m Sexy" enregistre des standards de jazz à 79 ans, avec l’enthousiasme d’un débutant et l’autorité d’une légende.
Après la tournée britannique de 2027, il évoquait lui-même l’idée de "faire quelque chose de nouveau". Ce qui, venant d’un homme à la longévité artistique sans équivalent dans le rock britannique de sa génération, n’a rien d’une formule vide.
La scène, peut-être, lui dira au revoir en 2027. La musique, elle, n’a probablement pas dit son dernier mot.



