BMG rachète le catalogue de Jet, joyau du rock australien : un deal Jet BMG publishing catalogue qui consolide l’empire des hits
Vous n’avez sans doute pas oublié ce riff d’ouverture, cette déflagration de guitares qui annonçait, en 2003, l’arrivée fracassante de Jet sur la scène mondiale. Vingt ans plus tard, le deal Jet BMG publishing catalogue annoncé le 27 septembre 2023 vient sceller une relation commerciale entamée bien avant — et confirme que les grandes mélodies, contrairement aux empires, ne s’effondrent pas. BMG Rights Management acquiert les droits d’enregistrement du groupe australien, en complément d’un accord d’édition musicale déjà en place depuis 2017. C’est moins une surprise qu’une logique : quand une maison de disques et un groupe se connaissent depuis des années, la confiance finit par avoir un prix. Et ce prix, pour l’heure, reste confidentiel.
L’opération s’inscrit dans une tendance de fond qui redessine l’industrie musicale depuis le début des années 2020 : la course aux catalogues patrimoniaux, ces actifs dormants mais rentables que le streaming et le placement en film ou en publicité ont remis sous les projecteurs.

Ce que couvre exactement l’accord
Le périmètre du deal est précis, et mérite d’être détaillé sans ambiguïté.
BMG acquiert les droits australiens et néo-zélandais sur les deux premiers albums du groupe — Get Born (2003) et Shine On (2006) — ainsi que le flux mondial de redevances pour ces deux disques, en perpétuité. S’y ajoute l’acquisition des droits mondiaux sur le troisième album, Shaka Rock (2009).
📌 À retenir : L’accord porte sur les droits d’enregistrement, distincts des droits d’édition (publishing) déjà détenus par BMG depuis 2017. Les deux volets sont désormais réunis sous le même toit.
Ce dernier point est central. Depuis 2017, BMG détenait déjà les droits d’édition mondiaux du catalogue Jet — c’est-à-dire les droits sur les compositions elles-mêmes. Parmi les titres concernés figurent "Are You Gonna Be My Girl", "Look What You’ve Done", "Cold Hard Bitch", "Rollover DJ", "Put Your Money Where Your Mouth Is", "She’s A Genius", "Seventeen" et "Get What You Need". L’accord de septembre 2023 ajoute la couche enregistrement, consolidant ainsi un contrôle quasi-total sur l’œuvre du groupe.
Le cabinet juridique Simpsons a conseillé BMG dans cette transaction, représenté par Jules Munro (directeur) et Amy Grondal (associée senior) — les mêmes conseils qui avaient accompagné l’acquisition du catalogue du projet Dope Lemon d’Angus Stone.

Pourquoi BMG mise sur Jet
Heath Johns, président de BMG pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Asie du Sud-Est, ne dissimule pas son enthousiasme. Dans un communiqué, il qualifie Jet de "groupe définissant une génération, qui a atteint un succès mondial de la plus rare espèce" et parle de "deal historique". La formule est soignée, mais les chiffres la justifient.
Get Born s’est écoulé à plus de 6,5 millions d’exemplaires dans le monde. Il est certifié 9 fois Platine en Australie, ce qui en fait l’un des cinq albums de rock australien les plus vendus de tous les temps. Il a atteint la première place des charts US Modern Rock et Mainstream Rock. La seule chanson "Are You Gonna Be My Girl" a été classée numéro un du triple j Hottest 100 en 2003.
À cela s’ajoutent trois nominations aux MTV Music Awards américains de 2004 (avec victoire dans la catégorie Meilleure Vidéo Rock), et quatre nominations aux APRA Awards, dont les titres de Paroliers de l’année et d’Œuvre australienne la plus jouée à l’international. Les organismes comme l’APRA AMCOS jouent un rôle structurant dans l’écosystème musical australien, et ce type de reconnaissance institutionnelle pèse dans l’évaluation d’un catalogue.
"Are You Gonna Be My Girl" illustre parfaitement ce qu’on appelle dans l’industrie un "evergreen" : une chanson dont la valeur de licensing — publicités, séries télévisées, films, jeux vidéo — ne décroît pas, mais s’accumule. Pour BMG, posséder les droits d’enregistrement en plus des droits d’édition signifie encaisser les deux flux de revenus à chaque utilisation.
La confiance comme argument commercial
Chris Cester, batteur du groupe, a choisi de répondre à l’annonce sur le registre de la franchise. Sa déclaration mérite d’être citée intégralement, tant elle capture quelque chose d’essentiel sur les décisions de ce type :
"With big decisions like this it comes down to personal relationships. We’ve known the BMG team for years. We’re already with BMG for our publishing and they do what they say they’re gonna do. That’s a rare thing in this business. Sooner or later you figure out that’s the only thing that matters, if you’re serious about what you do."
Traduction libre : dans un secteur où la parole donnée vaut souvent moins que les clauses d’un contrat, la fiabilité devient un avantage concurrentiel. Jet était déjà avec BMG depuis six ans au moment de l’annonce. Le deal de 2023 est moins une rupture qu’une confirmation — la confiance, finalement monétisée.
Il est notable que c’est Cester qui s’exprime publiquement, alors qu’il n’a pas participé à la tournée de réunion de 2023. Le groupe, qui s’est formé à la fin des années 1990 à Melbourne, réunit Nic Cester (chant, guitare), Cameron Muncey (guitare), Mark Wilson (basse) et Chris Cester (batterie). L’accord est signé conjointement avec leur manager Andy Cassell.
Jet en 2023 : entre anniversaire, reformation et consécration
L’annonce du deal intervient dans un contexte particulier pour le groupe. 2023 est l’année du vingtième anniversaire de Get Born — et Jet l’a célébré en tournant, entamant une deuxième réunion après une première reformation. La même année, le groupe est pressenti pour une induction au ARIA Hall of Fame, la reconnaissance australienne la plus prestigieuse dans le domaine musical.
Cette conjonction n’est pas anodine. Les anniversaires de grands albums génèrent toujours un regain d’attention médiatique et de streams. Pour BMG, acquérir un catalogue au moment précis où il retrouve une visibilité maximale, c’est acheter au meilleur moment du cycle d’attention — non pas au pic du marché secondaire, mais à la crête d’un retour organique.
L’Australie rock n’est pas avare de ces résurrections. Pinky Beecroft ressuscite avec Lonesome Wolf, dix-sept ans après ses dernières sorties — preuve que le public, au fond, n’oublie pas. Et du côté des tournées internationales en terres australiennes, Sweet s’apprête à y faire son Final Blitz Tour en octobre-novembre 2026, rappelant que le rock classique, même vieillissant, garde une prise réelle sur les salles.
La ruée vers les catalogues, phénomène structurel
Le deal Jet-BMG n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une tendance de fond qui a transformé l’économie musicale depuis 2018 environ : l’acquisition massive de catalogues patrimoniaux par des majors, des fonds d’investissement et des acteurs hybrides comme BMG.
La logique est simple. Le streaming a créé une rente quasi-permanente sur les enregistrements historiques : chaque écoute génère une micro-redevance, et la somme de millions d’écoutes quotidiennes sur des titres comme "Are You Gonna Be My Girl" constitue un flux de revenus prévisible, résistant aux cycles économiques et relativement peu volatile.
BMG — quatrième plus grande société musicale mondiale selon le cabinet Simpsons — a construit sa croissance australienne précisément sur cette logique d’accumulation. Son roster local comprend des artistes comme Chet Faker, Angus & Julia Stone, Daniel Johns, Hockey Dad ou encore The Living End. La dimension patrimoniale de Jet complète une palette qui mêle artistes actuels et valeurs sûres.
À titre de comparaison internationale, les droits de Mick Jagger, Keith Richards, George Harrison, Kurt Cobain, Johnny Cash ou David Bowie figurent également dans le portefeuille global de BMG. Jet évolue donc dans une galerie de monuments.
⚠️ Attention : Le montant financier de la transaction n’a pas été rendu public. Toute estimation circulant dans la presse spécialisée relève de la conjecture, non de données vérifiées.
Ce que l’accord révèle sur le modèle BMG
Il y a quelque chose d’instructif dans la façon dont Heath Johns décrit l’opération : "croissance organique" d’abord, "expansion par acquisition" ensuite. C’est la feuille de route d’un consolidateur qui a d’abord bâti sa légitimité sur le terrain — en signant des artistes locaux, en gérant des droits d’édition — avant de passer à l’acquisition de catalogues établis.
Le deal Jet valide ce modèle. BMG n’a pas acheté un catalogue au hasard : il a racheté un catalogue qu’il gère partiellement depuis six ans, sur lequel il a des données de performance, des relations établies et une vision claire des revenus à venir. Le risque est considérablement réduit par rapport à une acquisition à l’aveugle.
Pour Jet, l’équation est différente mais cohérente. Confier l’intégralité de son catalogue — droits d’édition et droits d’enregistrement — à un partenaire de longue date, c’est simplifier la gestion administrative tout en s’assurant que les titres seront exploités activement, placés, promus et défendus.
"Are You Gonna Be My Girl" a traversé vingt ans sans perdre de sa force de frappe commerciale. Chez BMG, aux côtés des Stones et de Bowie, elle a de quoi tenir encore vingt ans de plus.



