Charli XCX et la face B cachée d’un vinyle épuisé

Charli XCX et la face B cachée d’un vinyle épuisé

Vous cherchez à écouter "I Keep On Thinking Bout You Every Single Day and Night" de Charli XCX — et vous tombez sur un mur. Pas de streaming, pas de lien YouTube discret, pas même une session live capturée en douce. Ce morceau existe, il a été enregistré, il a été pressé sur vinyle. Mais il vous échappe, comme échappent les choses les plus précieuses : par rareté calculée, par décision artistique assumée, ou par simple cruauté du marché de l’édition limitée.

La face B cachée du vinyle "Rock Music" de Charli XCX est aujourd’hui l’objet de toutes les conversations dans les cercles de fans. Un morceau inédit, jamais mis en streaming, qui interroge la sexualité, convoque l’ombre de Jacques Rivette et a été conçu à Kyoto. Un artefact sonore qui n’existe que pour ceux qui ont eu la chance — ou les moyens — de mettre la main sur un pressage épuisé.


Un morceau né à Kyoto, loin des studios de Los Angeles

Il y a quelque chose d’éloquent dans le fait que "I Keep On Thinking Bout You Every Single Day and Night" ait été créé à Kyoto. La ville japonaise, avec ses temples enveloppés de brume et ses jardins suspendus hors du temps, offre un cadre radicalement opposé à l’hyperconnectivité pop dont Charli XCX est habituellement l’emblème.

C’est là, dans cet entre-deux géographique et mental, que le morceau a pris forme. Loin des studios formatés, loin du circuit de validation commerciale qui transforme une chanson en produit avant même qu’elle soit terminée. Kyoto comme espace de décompression créative — une pratique que l’artiste britannique semble de plus en plus revendiquer, elle qui avait déjà transformé son confinement en album complet avec how i’m feeling now (2020), produit en un mois depuis sa chambre.

La gestation à Kyoto donne au morceau une texture particulière : quelque chose de plus lent, de plus contemplatif, que ce qu’on attend généralement d’une face B pop.

L’obsession amoureuse comme matière première

Le titre lui-même est un programme. "I Keep On Thinking Bout You Every Single Day and Night" — une phrase ordinaire, presque banale dans sa répétition, qui dit pourtant tout de ce que le morceau explore : l’obsession amoureuse dans ce qu’elle a de plus littéral, de plus physique, de plus encombrant.

Charli XCX n’a jamais eu peur des émotions brutes. Depuis Pop 2 (2017), qui a assis sa réputation d’ambassadrice d’une pop futuriste et ambitieuse, jusqu’au phénomène culturel Brat (2024) — qui a accumulé près de 5 milliards d’écoutes sur Spotify et remporté plusieurs Grammy Awards —, l’artiste a toujours placé le désir et la vulnérabilité au centre de son travail.

Ici, la thématique va plus loin. Le morceau interroge la sexualité de manière frontale, dans ce que certains fans décrivent comme un questionnement sur l’identité désirante plutôt qu’une simple déclaration romantique. L’obsession n’y est pas glamourisée : elle est montrée dans sa dimension quotidienne et épuisante, comme une pensée parasite qui revient s’installer malgré soi.

📌 À retenir : "I Keep On Thinking Bout You Every Single Day and Night" traite de l’obsession amoureuse et du questionnement sur la sexualité, enregistré à Kyoto dans un contexte de création volontairement éloigné des circuits commerciaux habituels.

Jacques Rivette et la Nouvelle Vague comme références sonores

La référence à Jacques Rivette dans le contexte de ce morceau est peut-être ce qui le distingue le plus radicalement du reste de la discographie de Charli XCX. Rivette — cinéaste de la Nouvelle Vague française, réalisateur de Céline et Julie vont en bateau (1974) et de La Belle Noiseuse (1991) — est connu pour ses films-fleuves, ses structures narratives labyrinthiques, son rapport au temps comme matière première.

Convoquer Rivette dans une face B pop, c’est revendiquer une filiation avec une certaine idée de l’art comme processus plutôt que comme produit. C’est aussi une façon d’ancrer le morceau dans une tradition du regard féminin et du désir filmé — Rivette étant l’un des rares cinéastes de sa génération à avoir mis en scène des femmes comme sujets désirants plutôt qu’objets regardés.

Cette référence cinéphile n’est pas anodine dans l’œuvre d’une artiste qui, avec son album Music, Fashion, Film (attendu le 24 juillet), revendique explicitement l’intersection entre musique, mode et cinéma — avec une pochette réunissant John Cale (The Velvet Underground), Marc Jacobs et Martin Scorsese autour d’une table de cuisine en noir et blanc. L’ambition est claire : Charli XCX ne veut plus être seulement une pop star, elle veut être une entité culturelle.

On retrouve ce même désir d’expansion chez d’autres artistes qui expérimentent avec des éditions physiques rares — comme le font à leur manière les Rolling Stones avec leur vinyle fantôme des Cockroaches, artefact pressé dans des conditions similaires d’exclusivité.

La mécanique du vinyle épuisé : une stratégie ou une esthétique ?

Le morceau ne vit que sur le vinyle "Rock Music" — pressage limité, aujourd’hui épuisé. Aucune plateforme de streaming ne le propose. Aucun téléchargement légal n’est disponible. Pour les fans qui n’ont pas eu le bon réflexe au bon moment, il ne reste que les témoignages, les descriptions sur les forums et la frustration mesurée des irréductibles.

Cette modalité de diffusion ultra-restreinte s’inscrit dans une tendance plus large du marché de la musique physique, où l’édition limitée est devenue un outil de désirabilité aussi puissant que le single lui-même. Ce phénomène n’est pas sans rappeler la stratégie de Celebrity Skin de Hole, dont certaines éditions rares continuent de hanter les collectionneurs des décennies plus tard.

Plusieurs questions méritent d’être posées :

  • La rareté est-elle calculée ? Un morceau délibérément soustrait au streaming crée une demande que dix millions d’écoutes sur Spotify ne génèrent pas.
  • La face B est-elle un laboratoire ? Ce que Charli XCX teste en dehors des circuits mainstream finit parfois par irriguer l’œuvre principale — c’est ce que montre l’histoire de how i’m feeling now, album confiné devenu culte.
  • Le vinyle comme objet rituel ? Dans un écosystème où tout est disponible instantanément, l’objet physique épuisé devient une expérience en soi.

⚠️ Attention : Le vinyle "Rock Music" est actuellement épuisé chez la quasi-totalité des distributeurs. Les exemplaires disponibles en revente circulent à des prix très supérieurs au prix de lancement initial.

Ce que le morceau révèle de la trajectoire de Charli XCX

"I Keep On Thinking Bout You Every Single Day and Night" n’est pas un morceau de remplissage glissé en face B pour compléter un pressage. C’est, d’après les témoignages de ceux qui l’ont entendu, un morceau à part entière — thématiquement dense, référencé, personnel.

Il dit quelque chose d’important sur où en est Charli XCX en 2026 : une artiste qui a atteint le sommet de la reconnaissance grand public avec Brat, qui prépare un album intitulé Music, Fashion, Film aux ambitions délibérément trans-médias, et qui choisit simultanément de déposer certains de ses morceaux les plus intimes dans des espaces inaccessibles au plus grand nombre.

💡 Astuce : Pour retrouver des pressages du vinyle "Rock Music", les plateformes Discogs et les disquaires spécialisés en éditions limitées restent les meilleures pistes. Les groupes de fans sur Discord organisent parfois des écoutes collectives des faces B rares.

C’est une forme d’économie de l’attention inversée. Dans un monde où tout artiste cherche à maximiser ses streams, Charli XCX choisit de soustraire. Et ce geste, peut-être autant que le morceau lui-même, est une déclaration esthétique.

Pour les fans qui explorent ses influences cinématographiques, l’album gothique Wuthering Heights constitue une autre entrée dans cette nouvelle phase de son œuvre — celle d’une artiste qui construit désormais autant par ce qu’elle cache que par ce qu’elle expose.

Le vinyle est épuisé. Le morceau reste. Et cette impossibilité d’accès est peut-être la forme la plus honnête que pouvait prendre une chanson sur l’obsession.


A lire aussi