Sabrina Carpenter et la zaghrouta à Coachella : que s’est-il passé ?

Sabrina Carpenter et la zaghrouta à Coachella : ce qui s’est réellement passé

Vous avez certainement vu les vidéos circuler sur les réseaux sociaux : lors de sa performance au festival de Coachella 2026, Sabrina Carpenter a réagi de manière maladroite à une zaghrouta lancée depuis le public, sans en connaître la signification culturelle. L’incident, filmé sous plusieurs angles, a déclenché un débat mondial sur la reconnaissance des traditions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dans les espaces pop contemporains. Ce moment, d’abord anodin en apparence, est rapidement devenu le symbole d’une rencontre entre deux mondes culturels que tout sépare — et que tout, parfois, peut réunir.

Le mot-clé de cet événement n’est pas le malaise, ni même l’erreur. C’est l’ignorance bienveillante, cette zone grise où l’intention n’a jamais été de blesser, mais où le résultat a néanmoins froissé des sensibilités légitimes. Retour sur un incident qui mérite d’être compris avant d’être jugé.


Points clés à retenir :

  • La zaghrouta est un cri de célébration féminin pratiqué depuis des siècles dans les cultures arabes, berbères et kurdes.
  • Lors de Coachella 2026, Sabrina Carpenter a réagi à une zaghrouta du public en la moquant involontairement, croyant avoir affaire à un son incongru.
  • La vidéo de l’incident a généré des millions de vues et une vague de réactions de la communauté MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).
  • Sabrina Carpenter a présenté des excuses publiques, saluées comme sincères par une partie de la communauté concernée.
  • L’incident relance le débat sur la sensibilité culturelle dans les grands événements musicaux internationaux.

Qu’est-ce que la zaghrouta, et pourquoi est-elle sacrée ?

La zaghrouta — également orthographiée you-you en français familier, ou ululation en anglais — est un cri modulé produit en faisant vibrer rapidement la langue contre le palais, tout en émettant une vocalise aiguë et soutenue. Ce son caractéristique, immédiatement reconnaissable, n’est pas un bruit anodin : c’est un marqueur culturel profond, transmis de génération en génération, exclusivement ou presque par les femmes.

Son origine remonte à plusieurs millénaires. Les historiens retracent sa présence dans les civilisations de l’Égypte ancienne, puis son enracinement progressif dans les pratiques rituelles des peuples arabophones, amazighs (berbères) et kurdes. Aujourd’hui, la zaghrouta traverse les frontières géographiques :

  • Elle résonne lors des mariages pour accueillir les mariés ou célébrer des moments forts de la cérémonie.
  • Elle accompagne les naissances et les circoncisions, marquant le passage vers un nouveau statut social.
  • Elle est poussée lors des victoires collectives — sportives, politiques, communautaires.
  • Elle sert parfois à accueillir des personnalités respectées ou à exprimer une joie collective intense.

Il serait réducteur de la comparer à un simple applaudissement. La zaghrouta engage le corps entier, porte une intention précise et s’inscrit dans un code culturel partagé. L’anthropologue Lila Abu-Lughod, spécialiste des cultures arabes et de l’expression féminine au Proche-Orient, a souligné dans ses travaux que ces vocalisations constituent un "langage du corps social féminin", une manière pour les femmes d’occuper l’espace sonore public de manière codifiée et puissante.

Ce qui s’est passé sur scène à Coachella 2026

Coachella, qui se tient chaque année dans la vallée de Coachella en Californie, attire depuis des décennies un public international aussi hétérogène que passionné. L’édition 2026 a confirmé cette tendance, avec une affluence record et une programmation éclectique.

Lors du set de Sabrina Carpenter, dans ce contexte de communion pop électrisée, une spectatrice a poussé une zaghrouta sonore et prolongée — probablement pour exprimer son enthousiasme de la manière la plus naturelle qui soit pour elle. La réaction de la chanteuse a été immédiate : visiblement surprise, elle a imité le son en le caricaturant légèrement, accompagné d’un sourire amusé et d’une remarque à l’adresse de son groupe. Le tout, capturé en vidéo haute définition depuis le premier rang, a été mis en ligne en quelques minutes.

Les réactions n’ont pas tardé. Sur TikTok et X (anciennement Twitter), les membres de la diaspora arabe, maghrébine et kurde ont partagé leurs sentiments — un mélange de blessure sincère et de lassitude face à ce type de malentendu récurrent. Nombreux sont ceux qui ont expliqué, dans des fils éducatifs devenus viraux, la signification exacte de ce geste sonore et pourquoi le voir tourné en dérision — même involontairement — fait mal.

Le problème n’est pas que Sabrina Carpenter ait voulu offenser. Le problème, ont expliqué beaucoup de voix arabes et berbères en ligne, c’est que ce son — qui représente la joie la plus intense, la plus collective, la plus féminine de leur culture — a été traité comme une curiosité comique dans l’un des plus grands festivals de musique au monde.

La portée symbolique d’un malentendu musical

L’incident dépasse le simple geste d’une artiste mal informée. Il illustre une dynamique plus large : celle d’une industrie musicale globalisée où certaines expressions culturelles circulent librement mais restent incomprises, parfois instrumentalisées, rarement respectées dans leur contexte originel.

Le festival de Coachella lui-même n’est pas étranger à ces tensions. Des années de débats sur la représentation — des tenues "ethniques" portées sans contexte aux performances culturellement ambiguës — ont forgé une conscience collective exigeante dans le public de ces grands rassemblements. La zaghrouta n’est pas la première tradition mal comprise sur cette scène, et l’incident a ravivé des questions plus anciennes sur la manière dont les cultures non-occidentales sont accueillies dans ces espaces.

Ce qui rend le cas particulièrement intéressant, c’est l’intention manifeste de la spectatrice : elle n’était pas en train de protester, ni de perturber le concert. Elle célébrait. Elle utilisait le seul vocabulaire de la joie que son corps connaissait de manière instinctive. Être répondu par une imitation amusée revient, symboliquement, à voir sa langue maternelle traitée comme un dialecte pittoresque.

Les excuses de Sabrina Carpenter : forme et fond

Sous la pression des réseaux sociaux et, probablement, de son entourage professionnel, Sabrina Carpenter a publié un message d’excuses dans les heures suivant la diffusion virale des vidéos. La déclaration, relayée sur ses comptes officiels, reconnaissait explicitement son ignorance de la signification culturelle de la zaghrouta et exprimait des regrets sincères envers les personnes qui s’étaient senties blessées.

Plusieurs éléments de ce communiqué ont été notés positivement par des membres de la communauté MENA :

  • L’absence de formulation défensive du type "si vous avez été offensés" — remplacée par une reconnaissance directe de l’erreur.
  • La mention explicite du mot zaghrouta, signalant qu’un effort minimal de compréhension avait été fait avant de rédiger les excuses.
  • Le ton personnel plutôt que celui d’un communiqué de relations publiques aseptisé.

D’autres voix ont estimé que des excuses ne suffisent pas, et que l’incident appelait à une réflexion plus structurelle sur la formation culturelle des artistes internationaux et de leurs équipes. Ce débat, qui dépasse largement la personne de Sabrina Carpenter, est légitime et nécessaire.

Quand la scène mondiale rencontre les traditions vivantes

L’incident de Coachella 2026 pose une question que la mondialisation culturelle n’a pas encore résolue : comment des artistes évoluant dans des bulles très américano-centrées peuvent-ils naviguer dans des publics de plus en plus divers, porteurs de traditions vivantes, sans les heurter par inadvertance ?

Certains avancent la voie de la curiosité active : des artistes comme Beyoncé ou Rosalía ont montré qu’il était possible d’engager des traditions culturelles étrangères avec profondeur et respect, à condition de s’y former sérieusement. D’autres soulignent que la diversité du public de Coachella devrait être anticipée, et que les équipes artistiques gagneraient à inclure des sensibilités culturelles variées.

La zaghrouta, dans ce contexte, devient bien plus qu’un incident isolé. Elle est un révélateur. Ce cri de joie millénaire, poussé par une femme dans un festival californien pour célébrer une artiste qu’elle aimait, a traversé deux univers culturels en une fraction de seconde — et la collision, douce mais réelle, a produit une étincelle que beaucoup espèrent transformer en lumière plutôt qu’en incendie.

Ce qui compte, au fond, c’est ce que cet incident nous apprend sur notre capacité collective à nous écouter — vraiment — avant de répondre.


FAQ

Qu’est-ce qu’une zaghrouta exactement ?
La zaghrouta est un cri de joie modulé, produit par une vibration rapide de la langue contre le palais, pratiqué par les femmes dans les cultures arabes, berbères et kurdes. Elle accompagne traditionnellement les mariages, les naissances, les victoires et les moments de célébration collective.

Que s’est-il passé lors de la performance de Sabrina Carpenter à Coachella 2026 ?
Une spectatrice a poussé une zaghrouta pour exprimer sa joie lors du concert. Sabrina Carpenter, ne connaissant pas la signification de ce son, l’a imité de manière légèrement moqueuse, provoquant un vif débat en ligne au sein de la communauté MENA.

Sabrina Carpenter s’est-elle excusée après l’incident ?
Oui. Sabrina Carpenter a publié des excuses publiques reconnaissant son ignorance de la signification culturelle de la zaghrouta et exprimant des regrets envers les personnes qui s’étaient senties blessées par sa réaction.

Pourquoi la zaghrouta est-elle importante culturellement ?
La zaghrouta est bien plus qu’un son : c’est un marqueur identitaire fort, un langage collectif féminin transmis de génération en génération. La voir imiter à des fins comiques, même involontairement, est ressenti comme un manque de respect envers une tradition vivante et significative.

L’incident a-t-il eu des conséquences durables pour Sabrina Carpenter ?
L’incident a surtout alimenté un débat plus large sur la sensibilité culturelle dans les grandes manifestations musicales internationales. Les excuses de l’artiste ont été globalement bien reçues, même si certaines voix continuent d’appeler à une réflexion plus structurelle sur la représentation culturelle à Coachella et dans les festivals similaires.

La zaghrouta est-elle pratiquée uniquement dans les pays arabes ?
Non. Si elle est très présente dans les pays arabophones (Maghreb, Proche-Orient, Égypte), on la retrouve également chez les peuples amazighs (Berbères) d’Afrique du Nord, les communautés kurdes, ainsi que dans certaines régions d’Afrique subsaharienne et de la corne de l’Afrique, sous des formes légèrement différentes mais culturellement apparentées.



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