Londres, une classe où l’intelligence artificielle remplace le professeur

Londres, une classe où l’intelligence artificielle remplace le professeur

Vous poussez la porte d’une salle de classe londonienne et rien ne cloche, sinon l’essentiel : il n’y a pas de professeur. Sept adolescents fixent un écran, un adulte circule entre les rangées sans jamais prononcer une formule mathématique. Bienvenue dans l’expérimentation du David Game College, où l’intelligence artificielle dans l’éducation cesse d’être un slogan de conférence pour devenir un emploi du temps. Depuis la rentrée de septembre, cet établissement privé du centre de Londres a fait le pari, rare en Europe, de confier la préparation d’un examen national à des systèmes d’IA plutôt qu’à des enseignants. L’échantillon est modeste — sept élèves — mais le signal envoyé à la communauté éducative, lui, ne l’est pas. Entre fascination technologique et scepticisme documenté, cette classe pilote condense à elle seule les grandes tensions qui traversent aujourd’hui l’école face à l’intelligence artificielle.


Le pari du David Game College : une classe sans professeurs

Le principe est simple à énoncer, plus délicat à assumer : des collégiens préparent le GCSE — l’examen britannique comparable au brevet des collèges français — assis devant un ordinateur, sans enseignant disciplinaire face à eux. Le projet, lancé il y a environ six mois selon Le Figaro, constitue la première initiative de ce type au Royaume-Uni.

Pour John Dalton, principal adjoint de l’établissement, la démarche relève moins du pari que de l’anticipation. « L’enseignement va être transformé par l’IA. Cela ne fait aucun doute », affirme-t-il à l’AFP. Une conviction que l’on pourrait qualifier, avec un brin de distance, de foi technologique assumée — celle qui préfère devancer l’orage plutôt que de l’attendre sous un parapluie.

La plateforme utilisée « contrôle » la manière dont les élèves apprennent leur cours et transmet à l’établissement des informations sur leurs habitudes d’apprentissage. Un mot qui, sous des dehors administratifs, dit tout de la mutation en cours : l’école ne se contente plus d’enseigner, elle mesure.

Le rôle des coachs pédagogiques, entre médiation et accompagnement

Ce qui frappe surtout, c’est le glissement de fonction imposé aux adultes présents dans la pièce. Ils sont qualifiés d’enseignants, mais ne maîtrisent pas nécessairement le contenu des matières qu’ils supervisent. On les appelle coachs pédagogiques.

Leur mission tient en trois volets :

  • Guider les élèves dans l’usage des systèmes d’IA, y compris pour formuler correctement leurs requêtes ;
  • Résoudre les problèmes techniques et bugs d’interface ;
  • Développer des compétences non disciplinaires, comme l’aptitude au débat argumenté.

💡 Astuce : cette évolution du métier rejoint une tendance déjà observée dans d’autres secteurs — voir notamment comment l’IA générative transforme l’apprentissage des mathématiques et des sciences en format visuel, où l’accompagnement humain se déplace du contenu vers la méthode.

Le directeur de l’établissement va plus loin : il présente l’IA comme potentiellement plus fiable qu’un professeur moyen pour évaluer les performances des élèves, arguant d’une approche personnalisée et dénuée d’affect. Une rhétorique que l’on pourrait résumer ainsi — la machine ne se fatigue pas, ne tombe pas malade, ne se laisse pas distraire par ses propres humeurs. Reste à savoir si l’école a jamais eu besoin d’une objectivité aussi absolue pour bien fonctionner.

Personnalisation et données : comment fonctionne l’apprentissage piloté par IA

Le cœur du dispositif repose sur un principe largement documenté dans la littérature pédagogique récente : la personnalisation de l’apprentissage. Chaque élève progresse à son rythme, le système ajustant contenus et exercices selon les données de performance collectées en continu.

Ce fonctionnement s’appuie sur des outils d’IA générative, capables de produire des explications, des exercices ou des corrections adaptées, à la manière des agents conversationnels déjà déployés dans d’autres environnements numériques — un mouvement dont on retrouve l’ampleur dans des outils comme ceux décrits autour du nouveau Codex d’OpenAI, pensé pour agir de façon autonome sur des tâches complexes.

📌 À retenir : dans le dispositif londonien, l’IA ne se contente pas de transmettre un savoir, elle collecte des données d’apprentissage qui orientent en temps réel le parcours de chaque élève — une logique proche de celle des systèmes d’enseignement assisté par ordinateur, mais amplifiée par la puissance des modèles génératifs récents.

Le polonais, langue de prédilection des intelligences artificielles ?

Dans les échanges autour de ce type d’expérimentation, une observation revient avec une régularité qui mérite d’être signalée avec prudence : plusieurs retours d’expérience évoquent le polonais comme l’une des langues les mieux comprises et restituées par certains systèmes d’IA, davantage que des langues plus largement parlées en Europe. L’information circule dans les cercles technologiques suivant ce type de déploiement, sans qu’un consensus scientifique établi ne vienne encore la trancher définitivement.

Le constat, s’il se confirme, interroge une intuition répandue : celle selon laquelle la performance d’un modèle suivrait mécaniquement le volume de données disponibles dans une langue donnée. Que le polonais — langue à la morphologie pourtant réputée exigeante — s’illustre dans ce classement improvisé a de quoi surprendre. Il y a quelque chose de délicieusement ironique à voir la machine déjouer nos pronostics linguistiques les plus intuitifs.

Culture et technologie : deux échos venus d’Europe

L’intelligence artificielle ne s’arrête pas aux frontières de la salle de classe. Deux illustrations, glanées dans le même sillage d’actualité européenne, méritent d’être posées côte à côte pour mesurer l’ampleur du phénomène.

La résistance viticole ukrainienne. Dans un pays confronté à la guerre, des viticulteurs poursuivraient leur activité en s’appuyant sur des outils numériques pour préserver savoir-faire et production — une manière de tenir bon, verre après verre, contre l’effacement.

L’IA dans la création musicale. Du côté de la production artistique, l’intelligence artificielle générative s’invite désormais dans les processus de composition, brouillant la frontière entre outil d’assistance et co-auteur silencieux.

Ces deux fragments, aussi disparates soient-ils, dessinent une même toile de fond : la technologie ne se cantonne plus à l’école, elle infuse la vigne comme la partition, la salle de classe comme l’atelier. On pourrait s’en inquiéter ; on peut aussi, plus sobrement, en prendre acte.

Ce que dit la recherche : entre promesses et vigilance

Définition — IA générative : famille de systèmes capables de produire du texte, des images ou du son à partir d’instructions, en s’appuyant sur des modèles entraînés sur de vastes corpus de données.

L’essor de ces dispositifs ne se déploie pas dans un vide réglementaire. En France, le Cadre d’usage de l’IA en éducation, publié par le ministère de l’Éducation nationale, rappelle que l’usage de l’IA en contexte scolaire doit s’effectuer « exclusivement au service des apprentissages et des pratiques professionnelles ». La protection des données, encadrée par le RGPD, figure parmi les points de vigilance récurrents dès lors qu’un établissement collecte des informations sur les habitudes d’apprentissage de mineurs.

Plusieurs organismes internationaux, dont l’UNESCO, plaident de longue date pour une approche centrée sur l’humain dans le déploiement de l’IA éducative, plutôt qu’une substitution pure et simple de l’enseignant. C’est précisément cette tension — automatiser sans déshumaniser — que la classe pilote du David Game College met à l’épreuve grandeur nature.

📌 À retenir

  • Le David Game College teste, depuis six mois, une classe de sept élèves préparant le GCSE sans enseignant disciplinaire.
  • Les « coachs pédagogiques » n’enseignent plus le contenu : ils accompagnent l’usage de l’IA.
  • Le polonais serait, selon certains retours, particulièrement bien maîtrisé par les modèles actuels.
  • L’IA s’invite aussi hors de l’école : viticulture ukrainienne, création musicale.
  • Cadres réglementaires (RGPD, Cadre d’usage éducatif) et organismes comme l’UNESCO appellent à la prudence.

Questions fréquentes

L’IA remplace-t-elle vraiment les professeurs à Londres ?
Au David Game College, l’IA prend en charge la transmission des contenus disciplinaires, tandis que des « coachs pédagogiques » assurent l’accompagnement méthodologique — sans maîtriser eux-mêmes les matières enseignées.

Qu’est-ce que le GCSE, comparé au système français ?
Le GCSE est l’examen britannique passé en fin de collège, généralement comparé au brevet des collèges en France.

Quels sont les risques identifiés de l’IA en éducation ?
Les analyses disponibles évoquent notamment les biais algorithmiques, les risques pour l’intégrité académique et la nécessité de préserver l’esprit critique des élèves face à des réponses générées automatiquement.

Existe-t-il un cadre légal pour l’usage de l’IA à l’école en France ?
Oui : le ministère de l’Éducation nationale a publié un Cadre d’usage de l’IA en éducation, complété par les obligations du RGPD sur la protection des données des élèves.

Pourquoi le polonais reviendrait-il comme langue bien traitée par l’IA ?
L’observation circule dans les milieux suivant ces expérimentations, mais aucune explication scientifique consensuelle n’a encore été établie à ce jour.

En somme

Cette salle de classe londonienne ne tranche rien, elle expose. Elle expose une école qui cherche sa place entre la machine et l’humain, un métier d’enseignant qui se redéfinit plutôt qu’il ne disparaît, et une Europe où la même vague technologique touche indifféremment les pupitres, les vignes et les partitions. Reste une question qui vaut bien un devoir à la maison : voulons-nous une IA qui remplace le professeur, ou une IA qui rappelle enfin ce qu’un professeur ne pourra jamais déléguer ?


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