Chance the Rapper rend hommage à Muhammad Ali aux Gordon Parks Awards

Chance the Rapper rend hommage à Muhammad Ali aux Gordon Parks Foundation Awards

Vous n’oubliez pas facilement une salle où se retrouvent, dans la même soirée, Colin Kaepernick, Alicia Keys, John Legend, Pharrell et Jalen Hurts — tout cela pour célébrer un photographe mort en 2006 et un boxeur disparu en 2016. C’est pourtant exactement ce qui s’est produit le mardi 19 mai 2026 à Cipriani 42nd Street, à New York, lors des Gordon Parks Foundation Annual Awards. Ce gala de prestige marquait le 20e anniversaire de la fondation, et Chance the Rapper hommage Muhammad Ali Gordon Parks Foundation Awards est l’événement qui a cristallisé la soirée : une performance bouleversante, construite autour du titre « I Was a Rock », exécutée avec la solennité que l’on doit aux géants.

La Gordon Parks Foundation, créée pour perpétuer l’héritage du photographe et militant Gordon Parks, mort en 2006, a toujours su mêler l’art et la justice sociale avec une élégance rare. Pour son vingtième anniversaire, elle s’est surpassée.


Une soirée à la croisée de l’art et de l’engagement

Cipriani 42nd Street, temple d’une nuit particulière

Le cadre choisi n’était pas anodin. Cipriani 42nd Street — ce palais néo-romain planté au cœur de Midtown Manhattan — convient parfaitement à ce type de cérémonies où l’on honore les morts illustres avec la grandiloquence qui leur est due.

La soirée combinait un dîner de gala et une vente aux enchères de photographies sélectionnées de Gordon Parks. Une formule rodée, qui permet à la fondation de financer ses programmes éducatifs et artistiques tout en réunissant ce que les États-Unis comptent de plus influent dans les univers du film, de la musique, de la mode, de l’art et de la philanthropie.

Gordon Parks, le photographe qui narrait une Amérique invisible

Avant de comprendre pourquoi cette nuit importait, il faut rappeler qui était Gordon Parks. Né en 1912 dans le Kansas, mort à New York en 2006, il fut l’un des grands photojournalistes américains du XXe siècle — celui qui, dès les années 1940, posait son objectif sur l’expérience noire en Amérique avec une précision et une humanité que peu osaient alors.

Photographe, cinéaste, musicien, compositeur : Parks incarnait cette conviction que l’art peut changer le monde. Une phrase que Peter W. Kunhardt Jr., directeur exécutif de la fondation, a reprise mot pour mot lors de l’annonce des performances : "They both embody Gordon Parks’ belief that art can change the world."


La performance de Chance the Rapper : « I Was a Rock »

Un titre, une histoire, un fantôme

Chance the Rapper — de son vrai nom Chancelor Bennett — n’est pas arrivé sur cette scène par hasard. Il figurait lui-même parmi les honorés de la soirée, reconnu pour son engagement artistique et militant. Mais c’est en tant qu’interprète qu’il a marqué les esprits.

Accompagné de Anthony Morgan’s Inspirational Choir of Harlem, il a livré une version de « I Was a Rock » d’une intensité que les comptes rendus de la soirée qualifient unanimement de « stirring » — ce mot anglais qui désigne l’émotion qu’on ressent quand quelque chose vous remue plus profond que prévu.

La performance n’était pas uniquement musicale. Elle comprenait des extraits audio d’une interview de Muhammad Ali datant de 1977, dans laquelle le boxeur décrivait ses projets philanthropiques pour l’avenir. Entendre cette voix — cette diction inimitable, ce rythme de prédicateur — dans une salle new-yorkaise en 2026 relevait d’un geste presque spirite.

Un hommage déjà esquissé en 2016

Ce n’était pas la première fois que Chance interprétait « I Was a Rock » en hommage à Ali. Il l’avait déjà fait aux ESPY Awards de 2016, peu après la mort du boxeur, survenue le 3 juin de cette même année. Dix ans plus tard, le titre revient chargé d’une mémoire supplémentaire.

💡 Astuce : Pour saisir l’ampleur de cet hommage, il faut comprendre qu’Ali n’était pas seulement un champion de boxe — c’était un activiste, un objecteur de conscience, un homme qui refusa d’aller au Vietnam et en paya le prix. Chance the Rapper, lui-même connu pour ses prises de position sociales, s’inscrit dans cette filiation naturellement.

Ce que Chance avait dit avant la soirée

En avril, interrogé par Billboard en amont de l’événement, Chance avait formulé sa démarche avec une sobriété qui contrastait avec le faste attendu de la cérémonie :

"To be recognized in a space honoring Gordon Parks and Muhammad Ali is humbling. They told the truth through their work, and that’s always been the goal of mine too. The tribute to Ali is really about honoring that spirit and showing gratitude to his legacy."

Dire la vérité par son travail. C’est une formule simple, presque naïve dans sa franchise — et c’est exactement pour cela qu’elle sonne juste.


Les honorés et les présents : une constellation de l’engagement

John Legend et le sens de la responsabilité

John Legend figurait parmi les honorés de la soirée. C’est Pharrell qui l’a introduit sur scène — un choix symbolique, deux monuments de la musique noire américaine contemporaine se retrouvant dans le même espace de mémoire.

La déclaration de Legend a résonné au-delà des politesses d’usage : "In trying times like these, I feel a great sense of responsibility." Une phrase courte, mais qui dit tout sur l’atmosphère politique dans laquelle baignait cette soirée — une Amérique de 2026 où chaque prise de parole publique est pesée, mesurée, interprétée.

Alicia Keys et la continuité sans interruption

Alicia Keys, co-présidente de la soirée avec son mari Swizz Beatz, a reçu un portrait original de Gordon Parks — geste hautement symbolique. Sa déclaration, prononcée sur scène, capturait quelque chose d’essentiel sur la nature même de l’héritage : "We are so honored to be here continuously celebrating the legacy of Gordon Parks. He was a Renaissance Man. No starts, no stops, just endless beginnings."

Pas de débuts, pas de fins. Que des commencements perpétuels. C’est une belle façon de décrire l’œuvre d’un homme — et peut-être aussi la mission d’une fondation qui doit lui survivre indéfiniment.

Les autres honorés de la nuit

La cérémonie a récompensé cinq personnalités travaillant à l’intersection des arts et de la justice sociale :

  • Chance the Rapper, artiste et militant
  • Elizabeth Alexander, poète, chercheuse et présidente de la Mellon Foundation
  • John Legend, artiste EGOT (Emmy, Grammy, Oscar, Tony)
  • Henry Taylor, peintre et artiste reconnu
  • Lonnie Ali, femme de Muhammad Ali, qui a accepté l’honneur au nom de la famille

Colin Kaepernick, le quarterback devenu symbole de résistance civique, était présent en tant que présentateur — une apparition en soi chargée de sens, lui dont le genou posé sur un terrain de football américain reste l’image la plus commentée de la décennie passée. On pense également à d’autres artistes engagés dans l’espace public : Dr. Dre et Kendrick Lamar bâtissent l’avenir de Compton, ou encore Flavor Flav, mécène inattendu du sport féminin américain — autant d’exemples de la façon dont la culture hip-hop investit désormais le champ de l’engagement social.


Gordon Parks Foundation : vingt ans d’un héritage en mouvement

Ce que la fondation construit concrètement

Fondée en 2006 — l’année même de la mort de Parks — la Gordon Parks Foundation ne se contente pas d’organiser des galas annuels. Elle finance des projets artistiques et éducatifs qui amplifient l’engagement de Parks pour la justice sociale.

Depuis 2017, elle décerne également des bourses annuelles. Cette année, le pianiste et compositeur de jazz Jason Moran a été désigné inaugural Gordon Parks Foundation Music Fellow — une reconnaissance qui lui a valu, lui aussi, de se produire lors de la soirée du 19 mai, en hommage à l’héritage de Parks et Ali.

📌 À retenir : Le 20e anniversaire de la fondation n’est pas seulement un moment commémoratif. C’est une démonstration de ce que peut accomplir une institution culturelle lorsqu’elle transforme le deuil en programme d’action.

L’art comme outil, pas comme ornement

Ce que la nuit du 19 mai a illustré avec force, c’est que l’art — la musique, la photographie, la poésie — n’est pas ici traité comme un accessoire de gala. Il est le vecteur même du message.

Chance the Rapper chantant Muhammad Ali dans une salle où sont vendues des photographies de Gordon Parks, pendant qu’Alicia Keys reçoit un portrait du même photographe et que John Legend parle de responsabilité : tout cela forme un système cohérent, une chaîne de transmission.

La Television Academy Honors 2026 avait également récompensé des œuvres à fort impact social cette même saison — preuve que 2026 marque un moment de convergence entre les industries culturelles et les questions de justice.


Ce que « I Was a Rock » dit encore en 2026

Il y a quelque chose d’obstinément pertinent dans le choix de ce titre. Un rocher ne plie pas. Ali ne plia pas. Parks ne détourna pas les yeux de ce qu’il voyait dans son viseur.

Chance the Rapper, à 33 ans, a compris que rendre hommage ne signifie pas muséifier. Cela signifie réactiver — prendre une flamme et la porter un peu plus loin, dans une autre salle, devant d’autres yeux, avec la voix de 1977 qui résonne dans les haut-parleurs d’une nuit de mai 2026. L’Inspirational Choir of Harlem derrière lui n’était pas un décor : c’était une communauté entière qui chantait avec lui la même certitude qu’on peut être un rocher dans un monde qui préfèrerait vous voir sable.


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