The Damned : Not Like Everybody Else, l’album-hommage à Brian James

The Damned : Not Like Everybody Else, l’album-hommage à Brian James

Vous n’avez pas besoin d’avoir porté un perfecto en 1976 pour comprendre ce que The Damned Not Like Everybody Else Brian James représente : un geste rare dans le monde du rock, celui d’un groupe qui choisit le deuil collectif plutôt que la commémoration solitaire. Publié le 23 janvier 2026, cet album de reprises est né du décès de Brian James, guitariste fondateur du groupe, survenu le 6 mars 2025. Ce n’est pas un disque de plus dans une discographie — c’est une veillée funèbre mise en musique, enregistrée en cinq jours à Los Angeles, au Revolver Studio, par des hommes qui se connaissent depuis un demi-siècle et qui ont retrouvé le chemin du studio pour honorer l’un des leurs.

La tournée australienne de septembre 2026, qui prolonge cet hommage sur scène, vient confirmer que The Damned en Australie en 2026 n’est pas une simple affaire de nostalgie marchande — c’est la continuation d’un rituel de deuil en public.


Brian James, le génie discret derrière New Rose

Il y a des noms que l’histoire retient, et d’autres qu’elle laisse dans l’ombre des personnes plus médiatiques. Brian James appartenait à cette seconde catégorie, injustement.

Captain Sensible, guitariste de The Damned, l’a qualifié de "vrai génie derrière The Damned" — formule qui, sous des dehors laudateurs, dit simplement la vérité. C’est James qui a composé l’essentiel du répertoire des débuts du groupe, dont "New Rose", entré dans l’histoire en 1976 comme tout premier single punk britannique jamais publié. Une première qui précède même Anarchy in the U.K. des Sex Pistols — ce que les partisans de la nuance aiment rappeler lors des dîners en ville.

Pourtant, Brian James quitte The Damned dès 1977, laissant derrière lui une empreinte fondatrice et une relative discrétion publique. Son décès en mars 2025 déclenche une onde d’hommages au sein de la communauté punk : Paul Simonon (The Clash) et Billy Idol (Generation X) sont parmi les figures qui saluent sa mémoire. La communauté punk britannique perd l’un de ses architectes les moins célébrés — et les plus essentiels.

Rat Scabies de retour : quarante ans d’absence effacés en cinq jours

Le fait marquant de Not Like Everybody Else n’est pas seulement musical. C’est le retour en studio de Rat Scabies, batteur original du groupe, qui n’avait pas enregistré avec The Damned depuis quarante ans.

📌 À retenir : Not Like Everybody Else réunit pour la première fois depuis quatre décennies Dave Vanian (chant), Captain Sensible (guitare), Rat Scabies (batterie), Paul Gray (basse) et Monty Oxymoron (claviers) — la formation qui incarne le ADN originel du groupe.

Ces retrouvailles ne relèvent pas de la logique commerciale. On imagine mal Rat Scabies répondre à une invitation pour des raisons contractuelles. Ce sont les circonstances — la mort d’un ami, d’un fondateur — qui ont rendu possible ce que la vie ordinaire ne permettait plus. Le deuil, parfois, fait ce que les agents artistiques ne peuvent pas.

Cinq jours d’enregistrement au Revolver Studio de Los Angeles. Cinq jours pour dix morceaux. Une économie de moyens qui rappelle l’esprit originel du punk : pas de sur-production, pas de retouches infinies, juste l’énergie brute captée avant qu’elle ne refroidisse.

Dix reprises pour cartographier l’âme d’un guitariste

Not Like Everybody Else ne ressemble pas à un album hommage conventionnel. The Damned n’a pas choisi les tubes évidents ni les classiques que tout le monde connaît. Le groupe a sélectionné dix morceaux qui ont inspiré Brian James lui-même — une archéologie de ses influences plutôt qu’une célébration de sa propre œuvre.

La tracklist traverse plusieurs décennies de rock britannique et américain :

  • "There’s A Ghost In My House" (R. Dean Taylor) — premier single, mélange de Northern Soul et d’élan goth-rock
  • "Summer In The City" (The Lovin’ Spoonful)
  • "Making Time" (The Creation)
  • "Gimme Danger" (Iggy & The Stooges)
  • "See Emily Play" (Pink Floyd)
  • "I’m Not Like Everybody Else" (The Kinks) — titre éponyme de l’album
  • "Heart Full Of Soul" (The Yardbirds)
  • "You Must Be a Witch" (The Weeds)
  • "When I Was Young" (Eric Burdon & The Animals)
  • "The Last Time" (The Rolling Stones)

💡 Astuce : Le choix de "See Emily Play" des Pink Floyd — morceau psychédélique de l’ère Syd Barrett — peut surprendre dans un contexte punk. C’est précisément là que réside l’intérêt : cet album dessine la carte mentale d’un musicien, pas la carte postale d’un mouvement.

L’éclectisme de cette sélection dit quelque chose d’essentiel sur Brian James : il n’était pas un idéologue du punk, mais un mélomane qui avait trouvé dans la distorsion et la vitesse un langage personnel. Des Yardbirds aux Stooges, en passant par les Kinks, ses influences débordaient largement les frontières du genre qu’il avait contribué à fonder.

Cette approche n’est pas sans rappeler ce que Bring Me The Horizon a tenté avec la réédition de Count Your Blessings — revisiter un matériau fondateur pour mieux comprendre la trajectoire d’un groupe.

The Last Time : la voix de Brian James une dernière fois

La pièce la plus émouvante de l’album se trouve à sa conclusion. La version de "The Last Time" des Rolling Stones n’est pas une simple reprise parmi d’autres.

Elle intègre un enregistrement de Brian James lui-même, extrait de sa dernière performance live avec The Damned au Hammersmith, remixé spécialement pour cette sortie. Le guitariste joue donc sur cet album posthume, sans l’avoir su, sans l’avoir voulu — ou peut-être, si l’on accorde quelque crédit aux coïncidences, en l’ayant toujours su sans pouvoir le formuler.

⚠️ Attention : Cette prise de son provient d’un enregistrement live, et non d’une session studio dédiée. Le parti pris de l’inclure telle quelle, avec ses imperfections de scène, renforce paradoxalement l’authenticité de l’hommage.

Le titre du morceau — The Last Time — prend une dimension qu’aucun auteur n’aurait osé écrire tant elle semble trop évidente. Et pourtant, la musique s’en accommode mieux que les mots. C’est une des rares vertus du rock sur la littérature : il peut se permettre la métaphore littérale sans que personne ne trouve cela de mauvais goût.

Cinquante ans de punk, et toujours debout

Not Like Everybody Else paraît dans un contexte particulier : celui des 50 ans de The Damned. Un demi-siècle depuis "New Rose", depuis ces premiers concerts londoniens qui ont tout changé — ou du moins beaucoup contribué à changer.

Le premier single de l’album, "There’s A Ghost In My House", illustre parfaitement la méthode du groupe : s’emparer d’un morceau familier — ici le classique soul de R. Dean Taylor — pour le transformer en quelque chose d’entièrement personnel. La guitare incisive de Captain Sensible et la voix envoûtante de Dave Vanian ne cherchent pas à copier l’original ; ils l’habitent différemment.

Le clip du single, réalisé par Gilbert Trejo, a été capturé lors de la tournée américaine récente du groupe, notamment lors de leur prestation au festival CBGB — lieu symbolique s’il en est pour l’histoire du punk.

À l’heure où des groupes comme TISM ressurgissent après trente ans d’absence pour des tournées australiennes, la longévité de The Damned apparaît moins comme un miracle que comme une logique. Certaines musiques ne vieillissent pas — elles fermentent.

La tournée australienne de septembre 2026 s’inscrit dans ce mouvement : Rat Scabies sur scène, Dave Vanian au micro, et quelque part dans le son, la présence fantôme de Brian James sur The Last Time. Cinquante ans après avoir tout commencé, The Damned prouve qu’un hommage peut être à la fois un regard en arrière et une raison de continuer à jouer.


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